#ChallengeAZ: B comme Boches

La famille Coutier vit dans une belle et grande maison, rue des Duriez à Mouvaux. Mais celle-ci va rapidement être réquisitionnée par les boches..

Maison Coutier à MOUVEAUX
La maison vers 1900, avec Isabelle et son frère Georges – Archives personnelles

« Georges et Louis ne se doutent surement pas que voilà plus de trois semaines que nous ne plus chez nous avec ces rosses » Mardi 24 novembre 1914

Lundi 16 novembre 1914.
Déjà huit jours que les soldats se sont appropriés les lieux. Ils vivent dans la maison sans se soucier de ses habitants – Isabelle, sa mère Zulma, les nurses et les enfants. La cohabitation est bien difficile: ils salissent tout, dégradent le mobilier, se servent dans la maison et volent régulièrement dans la fabrique de couleur attenante à la maison et appartenant à Louis, son frère Eugène et son beau-frère Georges. Aussi, ils exigent que la maison soit en permanence ouverte afin de faciliter les allées et venues et réquisitionnent les vivres sans autorisation. Souvent, ils fêtent les victoires allemandes sur les français dans la région, buvant le vin fraîchement réquisitionné, criant et chantant dans la salle à manger tandis que la famille se trouve à l’étage. Enfin, ils dorment un peu partout dans la maison, là où il y a de la place : dans le lit des enfants, sur une chaise longue ou encore sur une botte de paille. Ils vont parfois jusqu’à s’enfermer dans les chambres qu’ils occupent, ne laissant plus la famille accéder aux pièces de la maison…

Ils sont au nombre de sept à la date du 4 décembre 1914 lorsque qu’Isabelle leur donne des surnoms et les décrit ainsi dans son carnet:


  • Croix-Rouge (bon comme le pain) : le plus aimable, il a une croix rouge au bras
  • Mademoiselle (faiseur d’embarras) :  Parce Berthe ayant allumé le feu le premier jour, tout de suite, le lendemain il venait demander « Mademoiselle? ». Heureusement que je n’ai pas de servantes!
  • Sœur Charlotte (sait un peu de français): Parce que c’est tout le portrait de sœur Charlotte qui m’a fait la classe à Blandaim
  • Gustave Hallemart (pas méchant surtout depuis que je l’ai guéri d’une rage de dents avec l’extrait de girofle): Parce qu’il a le même corps que Gustave, la même petite moustache noire la même marche etc
  • Joli (valet de chambre cuisinier tailleur cordonnier): Parce qu’il est vraiment beau
  • Le Berlou (parle toujours tout seul): un maboule qui soigne les chevaux et fait un peu la cuisine, il a une vue comme un taureau
  • Le Roux (garçon d’écurie): Il est roux, souvent il s’appuie sur la porte de l’écurie et pense tristement

 

1- dans le nord (125).jpg
« Ci-contre photo de quelques logeurs allemands qui ont posé devant la maison […] » peut-être nos sept allemands évoqués? – Archives personnelles

Chacun de ces soldats vaque à ses occupations quotidiennes. L’un d’entre eux fabrique des pantoufles et autres vêtements avec la machine à coudre familiale – Monsieur Joli semble t-il. Un autre s’occupe des chevaux dans l’écurie.

Ces premiers logeurs resteront jusqu’au 25 décembre 1914, jour de Noël.

D’autres suivront, comme un soldat Alsacien dont les parents sont français et dont le père avait combattu les allemands en 1870 . Isabelle aura, me semble t-il, de la tendresse pour ce jeune soldat.

« Ça va mieux depuis que j’ai fait voir que, quoique femme, je n’ai pas peur. » Mardi 13 décembre 1914

Isabelle, femme au caractère bien trempé qui ne se laisse guère faire, tiendra tête aux allemands à de nombreuses reprises. Malgré cette cohabitation difficile et les différentes crises qui vont la marquer, Isabelle notera des moments plus doux, où les logeurs offrait biscuits, chocolats, et autres bonbons aux enfants, mais aussi du pain pour la famille.

 » Lundi, j’ai failli me battre avec eux à propos d’une marmite qu’ils sont venus m’enlever dans la cuisine. Le berlou voulait la prendre. Je ne l’ai pas lâchée, il a été chercher le sale roux. J’ai dû céder, j’ai été me plaindre à sœur Charlotte, il a donné raison au domestique. Je lui alors reproché tout, j’ai dit qu’il avait demandé la maison pour un jour et qu’ils étaient là depuis 1 mois, qu’il me prenait mon charbon, qu’il avait tout usé le carbure, qu’il faut que je m’éclaire avec des bougies, j’ai dit qu’il était injuste et que ça ne peut plus durer etc etc. Il m’a toujours répondu son mot exaspérant : c’est la guerre !  » Mercredi 9 décembre 1914

*Mouvaux a vécu sous l’occupation allemande durant la première guerre mondiale. Isabelle note dans son carnet:

 » L’horloge de l’église marque l’heure allemande, il est midi quand en réalité il n’est que onze heures.«  Dimanche 6 décembre 1914

1- dans le nord (126).jpg
« Tous ces allemands logeaient à la maison »  – Archives personnelles
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2 réflexions sur “#ChallengeAZ: B comme Boches

  1. Murielle MESTREAU 2 novembre 2018 / 12 h 48 min

    C’est un des souvenirs que papa a pu me dire sur l’occupation de leur maison en Gironde : le bruit des bottes et leur accent schleu…

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    • Mathilde 3 novembre 2018 / 16 h 15 min

      Ca devait être terrible à vivre comme situation..

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