Une histoire de famille

#Généathème – mon sosa 18: quand l’Histoire ne se raconte pas

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Pour la première fois, je participe au Généathème proposé par Sophie Boudarel. Pour ce mois-ci, il était question de tirer au sort un numéro correspondant à un individu (sosa) et d’écrire son histoire.

J’ai tiré au sort le numéro 18. Ce numéro me renvoie à une branche – issue de ma branche patronymique – dont l’histoire est difficile à raconter. De plus, par manque de sources, il est impossible d’en savoir plus sur cette partie de la famille.

Mon sosa 18 est Gabared Sarafian, mon arrière-arrière grand-père. De lui je ne sais que très peu de choses, malgré mes questionnements récents auprès de ma grande-tante: l’histoire de Garabed et de sa famille, difficile et empreinte de traumatismes, est une histoire qu’on ne raconte pas.

Son histoire, on peut se l’imaginer en étudiant la Grande Histoire.

Garabed (ou Karabet) est né aux alentour de 1881, en Asie Mineur, dans l’actuelle Turquie. Ses parents sont Agop et Elisabet Sarafian. Je ne sais pas où il a grandi ni combien de frères et soeurs il a eu. Je peux déduire qu’il a vécu pas loin d’Afyonkarahisar (ou de façon plus courte Afion), car il se marie à une date inconnue avec Annitza Sarafian, mon arrière-arrière grand-mère. Ensemble ils auront cinq enfants, dont trois identifiés, tous nés à Afion: Diran, né en 1900, Marie, née en 1911, mon arrière grand-mère et Alice, née en 1923.

La famille Sarafian – (de gauche à droite: Annitza, Alice, Garabed, Marie) – Certificat d’identité, 1926, Archives personnelles

Garabed a eu le tort d’être arménien dans une époque où l’Empire Ottoman, secoué par la première guerre mondiale et des minorités exigeants leur indépendance, était à la recherche de coupables.

En avril 1915, les trois Pacha (de leurs prénoms Talaat, Enver et Djemal) à la tête du Parti des Jeunes -Turcs, ordonnent l’exécution des arméniens d’Istanbul et la déportation de ceux habitant les provinces orientales . Les familles sont déportées vers la Syrie, à des milliers de kilomètres de chez elles. Ces marches de la morts déciment ces pauvres gens, qui traversent à pieds le désert. Plus d’un million d’arméniens perdent la vie en chemin: soif, faim, fatigue et exécutions sommaires, les chances de survies sont minces et les cadavres jonchent les routes désertiques. Des camps de concentrations attendent ceux qui parviennent au bout du chemin. Très peu d’arméniens en sortiront vivants.

Les marches de la mort

Je ne sais pas dans quel conditions Garabed, sa femme et ses enfants ont quitté la Turquie. Ont-il connu les marches de la mort? On-t-il fuit avant que les choses ne tournent mal? Je me souviens que mon grand-père me disait que des membres de notre famille (notamment un grand oncle) avaient été fusillés. Mais il est fort probable qu’ils n’aient pas connus ces marches terribles – et je l’espère.

Visa pour se rendre à Paris – Archives personnelles

Je sais que Garabed, sa femme et ses enfants rejoignent la Grèce. Là-bas il y retrouve de la famille, les frères et soeurs d’Annitza – ou peut-être sont-ils partis tous ensemble? En 1923 naît à Athènes Alice, que j’évoquais précédemment. Les Sarafian ont vécu quelques années dans ce pays, où ils ont été hébergés et cachés par une famille grecque. Alors que de nombreux arméniens ont déjà afflué vers le port de Marseille, le couple obtient à Athènes un bon pour se rendre à Paris et gagne le port de Marseille, avec leurs trois enfants le 28 octobre 1926. Ils se dirigent vers Paris, en s’arrêtant à Buzet-sur-Baïse dans le Lot-et-Garonne – pas tellement situé sur le chemin me direz vous !-, où le couple va travailler dans une entreprise de fabrication de crayons. Ils atteignent finalement Paris en octobre 1928 et plus précisément sa banlieue Nord, Arnouville-les-Gonesse, où des familles arméniennes se sont déjà installées.

Garabed décède trois ans plus tard, après tant de chemin parcouru: suite à cinq mois passé à l’hôpital Beaujon, alors situé dans le 8e arrondissement de Paris, une tuberculose pulmonaire l’emporte le 2 avril 1931. Sa femme Annitza, âgée de 45 ans, se retrouve alors veuve avec ses trois enfants. Sa fille Marie, mariée au mois de janvier de la même année, s’occupera de sa mère jusqu’à la mort de celle-ci en 1984, à l’âge de 98 ans !

Reste un mystère (un de plus !): sur son acte de décès, il est indiqué que Garabed était domicilié à Paris dans le 19e arrondissement, Quartier des Amériques. Cette adresse est inconnu pour ma tante: pour elle, la famille n’a jamais vécu à Paris. Qu’y avait-il donc à cette adresse? Affaire à suivre


Garabed SARAFIAN 1881-1931
2. Marie SARAFIAN
3. papi
4. papa
5. moi

 

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