#ChallengeAZ : V comme Verchain-Maugré (59): Jean François BLARY, mulquinier

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Verchain-Maugré (59), à 15km au Sud de Valenciennes.

Les Blary. Vieille famille de Gonesse (95), dont on peut encore voir de nombreuses sépultures à leur nom en se baladant dans les allées du cimetière de la commune. Pourtant, la famille Blary est en réalité originaire du Nord, et plus précisément de Verchain-Maugré.

C’est dans cette petite commune qu’est né Jean François BLARY vers 1770. Il se marie le 29 novembre 1796 avec Marie Joseph BULTEZ.

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Acte de mariage de Jean François BLARY et Marie Joseph BULTEZ le 29 novembre 1796 à Verchain-Maugré, cote 5 Mi 057 R 026 (1793-1831) (source: AD 59)

Avant qu’il ne quitte sa région natale avec sa femme, Jean François exerçait la profession de mulquinier, comme tous les Blary. 

Mais alors qu’est ce qu’un mulquinier?

Vieux métier de Nord, le mulquinier (terme aujourd’hui disparu) est un tisserand qui travaille la batiste, c’est à dire des étoffes très fines de lin destinées à l’habillement et au linge: mouchoir, chemise fine, draps… Le mulquinier travaillait très souvent en famille, dans sa cave, car l’humidité était propice au tissage et évitait que le fil ne soit trop sec et se casse.

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Un mulquinier dans sa cave

Après avoir reçu la livraison de fils, les femmes – les fileuses – travaillaient cette matière pour rendre le fil souple. Une fois le fil devenu souple, les hommes pouvaient le travailler à travers leurs imposantes machines pour fabriquer leurs étoffes. Les contremaîtres inspectaient ensuite les productions qui étaient par la suite exportées et vendues dans toute la France mais également en dehors.

 

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Le travail du mulquinier était pénible. Les journées étaient très importantes, les conditions de travail plutôt rudes, et les salaires maigres. Est-ce ces conditions qui ont poussé Jean François et sa femme à tout quitter et à se rapprocher de la capitale? Mystère.

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Une blocure à Carnières (source: office de Tourisme du Cambrésis)

Aujourd’hui il reste encore quelques traces des mulquineries. Si vous vous promenez dans les rues du Nord et en particulier dans la région du Cambrésis (là où se situe Verchain-Maugré) dont l’industrie du textile était florissante, vous pourrez apercevoir à la base des maisons des blocures, des ouvertures qui permettaient de faire entrer la lumière dans les caves des mulquiniers.

 

 

Jean François BLARY (1770-1854)
2. Adélaïde Eulalie Euphrasie BLARY
3. Jean Louis AUBERT
4. Henriette Ambroisine AUBERT
5. Alexis Louis LEMAIRE
6. Roger LEMAIRE
7. Mon grand-père maternel
8. maman
9. moi

 

#ChallengeAZ : U comme (G)urs (64): les petits écoliers de Gurs

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Gurs (64), à 7 km au Sud de Navarrenx

Gurs (64), dans le Béarn. Petit village tristement célèbre depuis la seconde guerre mondiale par son camp d’internement des populations avant le départ vers les camps de la mort (plus de 64 000 personnes y ont transité).

Mais bien avant cela, c’est ici qu’une partie de la famille LAVIGNE vivait encore. Souvenez vous, beaucoup des membres de la fratrie sont partis entre 1873 et 1883 tenter leur chance outre-atlantique, en Amérique du Sud et plus précisément en Argentine. Mais les parents LAVIGNE, Pierre et Marie, n’ont pas suivi leurs enfants aînés, et sont restés vivre dans leur Béarn natal, à Méritein, où Marie a encore de la famille. Entre 1877 et 1880, le coupe s’installe à Gurs, à 7 kilomètres au Nord de Méritein. Ils y partent donc avec sept de leurs neuf enfants: deux ont fait déjà fait le voyage, tandis que deux ne sont par encore nés à cette période.

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Situation familiale des Lavigne en 1884. Il est possible que certains des enfants vivant aient aussi tenté le voyage vers l’Argentine à ce moment là.

Aujourd’hui, je vous propose, à partir d’une source mise récemment en ligne, d’imaginer le quotidien des enfants Lavigne, petits écoliers dans les années 1880.

En effet, les Archives Nationales ont mis en ligne une enquête de 1884 sur l’instruction publique concernant la situation des écoles françaises. Les instituteurs ont donc du répondre à un questionnaire bien précis. Partons donc à la découverte de cette source.

En 1884, Gurs, avec ses 624 habitants, compte deux écoles: une pour les garçons, une pour les filles.

Il est probable que Jean Baptiste, né en 1875, ait fréquenté la première, tandis que Jeanne, la petite dernière née en 1880, ait fréquenté la seconde.

L’école des garçons.

L’instituteur de l’école des garçons, Pierre ANGOUSTURES, 51 ans, va remplir consciencieusement l’enquête. L’école existe depuis 1845 et se situe au rez-de-chaussé de la mairie. Pierre enseigne déjà depuis plusieurs années et loge à l’étage. Il est le seul instituteur de l’école: une classe pour 53 élèves de 5 à 13 ans. Il enseigne également aux adultes du village désireux d’apprendre à lire et à écrire.
Mais l’école est pleine à craquer, et pour sa petite taille (43 mètres carrés) il n’y a en théorie plus de places pour accueillir d’autres élèves supplémentaires.
L’école reste sommaire: il n’y a ni gymnase, ni fontaine, ni vestiaire. Elle dispose d’un petit poele en fonte pour chauffer la pièce en hiver. Elle dispose également d’une bibliothèque, mais l’instituteur précise qu’elle contient 192 livres, tous usés. Dans ce petit village, l’école dispose de peut de moyens, et les fournitures ne peuvent être livrés gratuitement aux élèves. De même, M. ANGOUSTURES précise que la caisse des écoles fonctionne tant bien que mal avec les petites ressources de la communes et les subventions de l’état. L’instituteur conclu qu’un groupe scolaire devrait être construit, mais que le dossier est entre les mains de l’administration depuis 1 an.

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Plan de l’école des garçons de Gurs, réalisé par Pierre Angoustures

L’école des garçons de 1884 existe toujours car elle abrite toujours la mairie.

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Photo récente de la mairie de Gurs. On peut reconnaitre le tracé des murs, des fenêtres et des portes du plan de l’instituteur

L’école des filles

Mme Jeanne Bathilde GOUGY, de son nom de jeune fille CASTERAS, âgée de 33 ans, est l’institutrice de l’école primaire spéciales aux filles. Cette fois ci, l’école se trouve dans un bâtiment de la ville (peut-être chez un habitant?) moyennant loyer. Elle abrite une classe ainsi que la chambre de l’institutrice.

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L’école compte 54 inscrites, mais seulement 12 élèves étaient présentes au mois de janvier. A nouveau, il n’y a ni fontaine, ni gymnase, ni vestiaires dans l’école. L’institutrice indique même qu’il manque 9 tables pour les élèves et que la classe n’est pas suffisamment éclairée. Les fournitures pour les élèves ne sont pas livrées gratuitement. Enfin, l’institutrice conclue à la même chose que son collègue de l’école des garçons, à savoir le projet de la construction d’un groupe scolaire.

De nos jours, l’école actuelle de la commune existe non plus dans la mairie, mais dans un bâtiment prolongeant celle-ci, située, si on se réfère au plan fourni par l’instituteur, dans les jardins attenants au bâtiment. L’école accueille aujourd’hui 25 élèves.

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Ecole actuelle de Gurs
Pierre LAVIGNE (1833-1915) et Marie LATREYTE (1839-1915)
2. Catherine LAVIGNE
3. Marie Thérèse LAÏRE
4. Léo FONTAINE
5. Ma grand-mère maternelle
6. maman
7. moi

#ChallengeAZ: T comme Tourcoing (59): les courées du Nord

 

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Tourcoing (59), à 15 km au Nord de Lille.

La vie et le quotidien de mes ancêtres dans le Nord ainsi que l’établissement de leur fortune est complètement liée à la révolution industrielle. En effet, implantés sur Tourcoing, Roubaix ou encore Lille, la plupart ont investi dans l’immobilier.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le Nord de la France connait la révolution industrielle avec un important essor de l’industrie textile dans les environs de Lille, ce qui va totalement modifier le paysage rural existant. Ce secteur en pleine expansion, va avoir besoin de beaucoup de mains d’oeuvre. Apparait donc avec cette nouvelle industrie l’habitat ouvrier, car cette main d’oeuvre, ces hommes et ces femmes, venus des campagnes, ont besoin d’être logés. C’est là que les courées vont faire leur apparition: ce sont de nombreuses petites maisons accolées, étroites, à un ou deux étages, toutes liées par une petite cour à l’arrière (d’où le terme « courée »).

Pour en savoir plus sur les courées, voici un reportage – très enrichissant ! – fait par les lycéens du lycée Edmond de Rostand à Roubaix:

C’est la petite bourgeoisie du Nord mais aussi les commerçants et les artisans qui vont investir dans ces « programmes » immobiliers destinés à loger les ouvriers. Ils vont donc faire construire ou acheter des maisons par lot de vingt maisons, trente, voir beaucoup plus. Peu chères à l’achat ou à la construction, les courées s’avèrent êtres très rentables pour les propriétaires. Parmi eux, pas mal de mes ancêtres ont investis dans ces courées.

Jules Désiré Aimé Marie LEGRAND: Rue du Caire et du Touquet à Tourcoing

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Jules Désiré Aimé Marie
, père de Jules LEGRAND, était un riche boucher de Roubaix. Après avoir acheté sa maison place de l’Eglise Saint-Catherine, il va investir, et en particulier sur Tourcoing, commune limitrophe à Roubaix. Il va y acheter une grande propriété qui va faire usage de boucherie, ainsi qu’une douzaine de maisons de la rue du Caire et du Touquet, le tout évalué à 81 000 francs à son décès en 1904.

Jules fait ces acquisitions le 18 novembre 1888 auprès de M. Jean François Verhouve, également boucher. Il achète les 12 maisons déjà construites par les anciens propriétaires, toutes composées de deux pièces au rez-de-chaussée et de trois chambres à l’étage, avec un accès aux latrines et à un point d’eau dans la cour – typique des courées donc. Chacune des maisons sont louées par des ouvriers, pour une vingtaine de francs par mois.

La propriété et les 12 maisons seront acquises pour le prix de 100 000 frs.

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Tourcoing, photo aérienne de 1932. Les douze maisons ouvrières de Jules Désiré LEGRAND se trouvent dans le rectangle jaune. (source: géoportail)
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Rue du Touquet actuellement (source: googleview)

Concernant la grande propriété, celle-ci est en vente depuis le mois d’aout. Cette mise en vente nous permets d’avoir un aperçu de cette demeure, restée dans son jus (et de s’imaginer la vie de ceux qui ont pu y vivre !).

Flore Justine Camille CATTEAU: cour des Hérissons à Wambrechies

catteau_flore.jpgFlore, bouchère et mère de Jules Legrand précédemment évoqué et de mon arrière-arrière-arrière grand-mère Zulma, a elle aussi acheté 14 maisons, situées cour des Hérissons à Wambrechies. Cette courée était alors accessible par la rue du Vent de Bise ou la rue du Pont-Levis.

Elle a acquit avec son second époux Henri CASTEL dans un premier temps, le 11 janvier 1855, quatres maisons de la courée pour la modique somme de 700 francs. Ils vont acquérir le reste deux ans plus tard, en 1857, pour 2600 francs. Les maisons vont être louées pour 4-5 francs par mois.

Le couple vivra tout près de la courée, ruelle Pollet.

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Carte de Wambrechies, 1905 (source: AD59)
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Cour des Hérissons en 1955 (source: remonterletemps)

Il n’existe plus aucune trace de cette courée ni de ce quartier, qui a été totalement détruit et modernisé dans les années 75.

 

Pierre Désiré PAUX: Rue de Bailleul à Lille

Pierre Désiré Paux, notre médécin déjà évoqué lors du Challenge, a investi à Lille, à deux pas de chez lui, dans le quartier de Wazemmes. En effet, comme le mentionne sa déclaration de succession, il est propriétaire à son décès de 36 maisons qui forment une courée rue de Bailleul. Comme beaucoup d’autres, cette courée à été détruite en 1977 et a été remplacée par un lotissement moderne.

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Lille, en 1931. (source: géoportail)

Cyrille PROUVOST: rue des Longues Haies

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Cyrille PROUVOST époux de Louis Flore CASTEL (fille de mon ancêtre Flore Justine Camille CATTEAU, évoquée précédemment, et d’Henri CASTEL), architecte, décédé à l’âge de seulement 24 ans, va lui aussi investir peu avant sa mort. Il achète 34 maisons ouvrières de la Rue des Longues Haies à Roubaix, renommée en 1938 rue Edouard Anseele.

longues-haiesdelc-copieCette rue longue de plus d’un kilomètre va abriter d’importantes filatures et autres usines. Elle va être le coeur névralgique de tout un quartier, rythmé par le quotidien de ses ouvriers (plusieurs milliers), ses épiceries, ses cabarets et ses estaminets. La rue, symbole de ce développement industriel que connait Roubaix, va voir se produire les grèves et les luttes ouvrières de la fin du XXe siècle et de l’entre deux guerres.

Après le changement de nom et la mise en place d’important programme de rénovation de la ville, les courées vont être peu à peu démolies jusqu’à totalement disparaitre pour laisser place à des logements salubres. Avec elles, c’est tout la vie d’un quartier qui a disparu. Ce grand programme de rénovation urbaine va s’étendre sur une dizaine d’années.

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En jaune, le tracé de l’ancienne rue des longues haies avant démolition en 1950. En rouge le tracé de ce qui reste de la rue des longues haies, aujourd’hui rue Edouard Anseele (source: Remonter le temps)

J’ignore combien de temps la famille Prouvost est restée propriétaires de ces courées. Après le décès de Cyrille PROUVOST en 1871, sa succession revient à son fils unique, Cyrille Eugène, seulement âgé de 3 ans. En 1890, les 34 maisons, qui appartiennent encore au fils Prouvost, sont estimées à 53 500 francs.

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Une autre vue de la rue des Longues Haies, 1910 (source: bn-r)

Le Père Duval, prêtre et chanteur des années 50, va rendre hommage à cette rue du passé avec sa chanson « Rue des longues haies » que vous pourrez découvrir en conclusion de cette article.

Une autre chanson pour la rue des Longues haies chantée par Jean Louis Pick existe également, vous pourrez l’écouter ici!

 

#ChallengeAZ : S comme Sérignac (16): Pierre Bion, l’homme aux 14 enfants

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Sérignac (16), au Nord de Chalais

On a tous dans notre généalogie quelques petits « records ». Dans la mienne, l’ancêtre en ascendance directe qui a eu le plus d’enfants est Pierre BION: 14 enfants en 50 ans !

Revenons de façon succincte sur son histoire.

Pierre BION nait vers 1745 à Sérignac, ancienne commune quelque peu vallonée longée par la Tude, aujourd’hui rattachée à Chalais dans les Charentes. Je ne connais pas avec précision la date de naissance de Pierre, les registres étant lacunaires sur cette période. Il est le fils de Jacques BION et de Marie EGRETAU (ou ESGRETEAUD), couple sur lequel j’ignore absolument tout à l’heure actuelle – à nouveau, les registres disponibles ne couvrent pas les dates des actes des grands événements de leur vie, et je ne me suis pas suffisamment penchée sur d’éventuels actes notariés qui pourraient les concerner et m’apporter plus d’informations.

Pierre se marie une première fois avec Françoise NERAUD, mon ancêtre, le 16 octobre 1764, à Sérignac. Il a alors environ 19 ans tandis qu’elle en a 24.

Les jeunes mariés vont rester sur la commune et s’installer Chez Touret, petit hameau entre les bourgs de Sérignac et de Chalais. C’est là bas que vont naître les premiers enfants du couple:

  • Pierre Louis (1765-1767)
  • Marie (1767)
  • François (1769-1777)
  • François (1771-1772)
  • Marguerite (1772)
  • Marie (1775)
  • Jacques (1778-1846), mon ancêtre
  • Joseph (1780-1804)

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Après 8 naissances en 15 ans, le couple part s’installer avec ses 5 enfants encore en vie à Saint-Quentin-de-Chalais et plus précisément dans le village de Chez Rivet.

Là bas, ils vont avoir un dernier enfant, une petite fille, Marie, le 7 septembre 1783. Françoise a maintenant 43 ans, et se consacre pleinement à l’éducation de ses jeunes enfants survivants. Mais en 1791, elle décède à l’âge de 51 ans. Pierre se retrouve alors seul avec ses 6 enfants, dont la plus jeune, Marie, a maintenant 11 ans. Pierre se remarie malgré tout avec Claire GOUZIL en 1795. Elle est âgée de 34 ans, veuve avec trois enfants, tandis que lui a 50 ans.

Elle va donner naissance à 5 autres enfants:

  • Jacques (1797-1799)
  • Marie (1799)
  • Marie (1800)
  • Jean (1804-1816)
  • François (1806)

L’année 1818 est terrible pour les enfants BION qui vont perdre de façon très rapprochée leurs deux parents: Pierre décède le 16 mars à 73 ans, puis c’est au tour de Claire de partir le 1er octobre, à 57 ans.

Pierre BION (vers 1745-1818)
2. Jacques BION
3. Pierre BION
4. Marie BION
5. André FONTAINE
6. Léo FONTAINE
7. Ma grand-mère maternelle
8. maman
9. moi

 

#ChallengeAZ : R comme Rennes (35): rue des Juifs

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Rennes, préfecture de l’Ille-et-Vilaine

Rennes (35), rue des Juifs. C’est ici que mes ancêtres Julien Marie RENIMEL et Louise Renée DARTOIS vont vivre de 1807 jusqu’au moins 1822. 12 de leurs 14 enfants vont naître dans cette rue, à leur domicile.

Me rendant souvent à Rennes pour visiter la famille de mon compagnon et aimant me balader dans le centre ville, je me suis rapidement demandée où se trouvait cette rue qui aujourd’hui n’existe plus. Petit retour sur la méthodologie que j’ai employée afin de la retrouver (méthodologie que j’applique de façon générale pour ce type de recherche).

1. Recherche sur notre moteur de recherche préféré

Avant de débuter des recherches approfondies pour localiser une rue, je regarde dans un premier temps sur mon moteur de recherche préféré, tout simplement en tapant le nom de la rue et la ville. Ici je tape: « rue des juifs Rennes ».

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Recherche rapide sur Google

Dans notre cas, il n’y a pas vraiment de résultats allant nous donner une réponse directement, avec par exemple un index des anciens noms de voies renvoyant aux nouveaux comme cela peut exister pour d’autres villes. En revanche, un site très éclairant sort dans les résultats de la première page et va pouvoir nous donner un premier périmètre pour localiser la rue. Il s’agit de Wiki-Rennes, un site collaboratif sur la ville de Rennes. Il est à par ailleurs à noter qu’une recherche de ce type sera toujours plus facile sur des grandes villes, où la présence d’informations, de sources et de données, est souvent plus importantes sur internet.

Revenons à Wiki-rennes. Il n’y pas de page ou d’article exclusivement dédié à la rue des juifs. En revanche, cette rue est mentionnée dans la page concernant le Quai Duguay-Trouin. Cette voie, toujours existante, a été construite entre 1841 et 1846, lors des grands travaux de canalisation de la Vilaine dans le centre-ville.

A propos de la rue des juifs, mentionnée une seule fois dans l’article, il est dit:

« Sur la partie du quai délimitée par la rue du Cartage et la rue Le Bouteiller existait, jusqu’en 1844, la rue des Juifs, fermée à ses deux extrémités, avec à l’est les Moulins de la Poissonnerie »

Ceci nous apprends donc que la rue existait jusqu’en 1844 et se situait entre la rue Le Bouteiller et la Rue du Cartage, à l’emplacement actuel du quai. Un premier périmètre se dessine

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Situation actuelle du Quai Duguay-Trouin, de la Rue Le Bouteiller et de la Rue de Carthage

2. Les cartes anciennes

Consultons donc les cartes anciennes afin de voir la rue dans son contexte historique. Nous avons une date limite, 1844, qui va nous permettre d’orienter nos recherches.

Malheureusement, les archives municipales de la ville de Rennes n’ont pas numérisé les planches cadastrales, et habitant Paris, il va falloir me tourner vers d’autres sites pour consulter des plans anciens. Deux sites vont m’aider dans mes recherches: Gallica, bibliothèque numérique de la BNF, et à nouveau wiki-rennes.

Remontons donc le temps dans les plans anciens de la ville:

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Plan de la ville de Rennes d’après le plan officiel… / dessiné et gravé par A. Périaux. 1829 terminé et rectifié en 1830 (source: Gallica)

En 1830, nous retrouvons bien la rue des Juifs, longeant les bords de la Vilaine, quelques années avant le début des gros travaux.

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Rennes en 1820, Paul Banéat (source: Musée de Bretagne)

Même chose sur le plan de la ville en 1820.

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Plan de la ville de Rennes en 1726 levé par F. Forestier après l’incendie arrivé le 22 Xbre 1720 (source: Gallica)
Sur le plan de 1726, la rue de Juifs a été rajouté au crayon à papier. Sur les plans de 1665 et 1669, le nom de la rue n’apparait plus mais la voie, bien que plus étroite, semble déjà exister.

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Plan de la vieille ville ou cité, ville neuve et nouvelle ville de Rennes; copié; d’après celui que feu M. Robin fit graver; environ 1669 (source: Gallica)
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Plan de la vieille ville ou cité, ville neuve, et nouvelle ville de Rennes, capitale de Bretagne. Copie du plan d’Hévin fait vers 1665 (source: Gallica)
Après ce petit bon dans le passé, retour sur les travaux dans la ville de Rennes avec ce plan de 1861… La rue des Juifs n’existe plus.

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Plan de la ville de Rennes, avec indication des travaux exécutés depuis 1855 (source: Gallica)

3. Croisement des données

Une fois qu’on a précisément localisé une rue, il peut être intéressant de savoir à quoi elle ressemble aujourd’hui. Nous pouvons parfois avoir de bonnes surprises, et constater que des bâtiments d’époque sont toujours debout. Pour cela, Streetview, fonctionnalité développée par Google et en libre accès via google map, s’avère très pratique. Cela permet d’explorer les rues d’une ville depuis chez soi, devant son ordinateur.

Voici donc à quoi ressemble le tronçon du Quai Duguay-Trouin où existait la Rue des Juifs. Certains immeubles sont des constructions récentes, d’autres datent très certainement de l’époque des grands travaux et de la construction des quais.

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source: Google

Evidement, des photos plus jolies que ces prises de vue captées par les voitures google peuvent exister.

Enfin, les cartes postales anciennes peuvent être très utiles pour se faire une idée du quartier ou de la ville où vivaient nos ancêtres. Elles permettent également de voir les batîments qui existaient déjà et ceux qui ont été détruits.

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Carte postale du Quai Duguay-Trouin (à gauche), non datée. (source: geneanet)
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Carte postale du Quai Duguay-Trouin, non datée. On y voit clairement le bâtiment qui se trouve sur la prise de vue streetview. Enfin, la rue qui se trouve entre les bâtiments est la Rue Le Bouteiller (source: Quai-Rennes)

 

4. Aller plus loin

Enfin, si le nom de la rue recherchée vous le permet, vous pouvez toujours approfondir vos rechercher et obtenir des informations sur son origine ou son appelation. Dans notre cas,  de nombreuses « rue des Juifs » existent depuis le Moyen-Âge dans les villes de France, et l’origine de ce nom est dû à l’emplacement d’une synagogue ou au regroupement de la communauté juive à cet endroit précis. Aujourd’hui, bien cette appelation ait en majorité disparu, elle persiste encore dans quelques villes.

 

Julien Marie RENIMEL (1785- après 1855)
2. Olivier Jean RENIMEL
3. Eugénie RENIMEL
4. Eugénie Augustine RENIMEL
5. Roger LEMAIRE
6. Mon grand-père maternel
7. maman
8. moi

 

#ChallengeAZ: Q comme Quesnoy-sur-Deule (59): les déclarations de successions

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Quesnoy-sur-Deûle (59), à 12km au nord de Lille.

Quesnoy-sur-Deule (59). Commune importante de l’agglomération Lilloise, rurale sous l’ancien régime, qui a grandement évolué XIXe siècle lors de la révolution industrielle. C’est là bas que bon nombre de mes ancêtres sont nés, se sont mariés, et sont décédés. C’est également un bureau d’enregistrement, où, en lien avec ma phrase précédente, mes ancêtres décédés y ont vu leur déclaration de successions être dressées. C’est donc l’occasion pour moi de revenir sur ces sources si riches pour le généalogiste.

Retour donc sur la méthodologie et l’exploitation de cette source, avec pour exemple Marie Françoise Joseph GHEMART (parfois orthographié GUEMARD), mon ancêtre à la huitième génération, décédée le 27 novembre 1822 à Quesnoy-sur-Deûle, à l’âge de 61 ans.

Précision, cette méthode s’appliquent aux recherches dans les archives de l’enregistrement, soit après 1791 ! Autrement, pour une déclaration antérieure à cette date, il faudra se tourner du côté du contrôle des actes et insinuations.

1. Etape 1: rechercher dans les Tables de Successions et Absences (TSA)

Avec la date et le lieu de décès de la personne, vous allez pouvoir chercher dans les archives de l’enregistrement du bureau auquel le domicile du défunt est rattaché, et plus particulièrement dans les tables de successions et absences. En effet, ces tables répertorient les successions (ou leur absence lorsqu’il n’y en a pas) passées dans un bureau d’enregistrement. Vous l’aurez compris, c’est la première partie de notre recherche qui est incontournable pour mettre la main sur une déclaration de succession (sauf si vous la date de ladite déclaration est mentionnée ailleurs, comme dans un acte par exemple).

Ces registres, qui se sont sous la côte 3Q (archives de l’enregistrement), sont en bonne partie accessibles en ligne, sur les différents site des Archives Départementales en ligne – et c’est le cas pour le Nord. Recherchons donc, en prenant notre date de décès et le lieu de celui-ci (27 novembre 1822 à Quesnoy-sur-Deule donc), le registre correspondant. Et ça tombe bien, le Quesnoy-sur-Deule est un bureau d’enregistrement (ce qui va nous éviter de chercher le bureau auquel est rattaché le domicile du défunt) !

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Registre des TSA en ligne pour le bureau de Quesnoy-sur-Deule sur les AD59

Nous pouvons remarquer que quasiment tout le XIXe siècle est disponible. Cela n’est pas toujours le cas et nous pouvons malheureusement parfois nous heurter à l’absence de registres, qui n’ont pas été tenus, qui ont été perdus, ou alors qui sont en très mauvais état…

Consultons donc le registre dans lequel on devrait théoriquement trouver tout ce qui pourra concerner Marie GHEMART, le registre 1816-1824 (côte 3Q 427/02).

La recherche dans les tables va se faire dans un premier temps par ordre alphabétique: vous allez aller chercher dans la lettre qui correspond au nom de votre ancêtre (ici le G). Puis une fois dans la page concernant la lettre, la recherche va se faire dans un second temps de façon chronologique, et en particulier en suivant la chronologie des dates de décès.

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La première page de la lettre G. La colonne qui contient les dates de décès est surlignée en jaune

En procédant de cette façon, nous retrouvons aisément la case correspondant à Marie GHEMART.

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La succession de Marie Françoise GHEMART est surlignée en jaune.

Attention, il se peut parfois qu’une succession ait été longue a régler et qu’elle soit à chercher une ou plusieurs années après la date de décès – et qu’elle ne se trouve pas facilement si nous procédons de façon chronologique. Dans ce cas là, il ne faut pas hésiter à feuilleter chaque page du registre de la lettre correspondant et parfois même à regarder dans le registre suivant.

2. Analyse de la case des TSA

Si la case correspondant à la succession de votre ancêtre a été correctement remplie, vous allez trouver les informations suivantes: âge au moment du décès, profession, domicile et lieu du décès si celui-ci est différent, époux/épouse, inventaire si il a eu lieu, les biens meubles et immeubles, les héritiers, le numéro de la déclaration de succession et les observations/renvois (si votre ancêtre possède des biens ailleurs un renvoi vers un autre bureau d’enregistrement sera mentionné).

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Le notaire qui a dressé les inventaires n’est pas systématiquement indiqué. En revanche, ce qui va nous intéresser et qui va pouvoir répondre à cette lacune est la déclaration de succession, qui renvoie le très souvent à une date et un numéro. Ces avec ces éléments là que nous allons poursuivre notre recherche non plus dans les tables mais dans les déclarations de successions (ou déclaration des mutations par décès selon les époques)

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Dans notre cas, la date de la déclaration indiquée est le 12 mai 1823. Direction la prochaine étape!

3. La déclaration de succession

Avec notre date, nous allons donc pouvoir chercher la déclaration de succession, dans le registre des déclarations. Celui-ci n’est plus en ligne mais il est à aller chercher directement aux Archives Départementales. Dans notre cas, la côte du registre est 3 Q 417/4.ghemart_1823_succession_1.JPG

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Et voilà donc la déclaration de succession de Marie GHEMART !

Plus ou moins détaillée, celle-ci va lister les héritiers, les liens avec le défunts et parfois leur situation (profession, domicile…). Nous allons également pouvoir y retrouver la date et le notaire qui a passé l’inventaire (si il y en a eu un), ainsi qu’un résumé succinct des biens que possédait le défunt.

Dans notre cas, aucun inventaire après décès est mentionné. En revanche, nous apprenons que Marie GHEMART possédait une maison à usage de boucherie et occupée par la famille, ainsi que deux autres petites maisons louées, toutes située à Quesnoy. La moitié d’une maison ainsi que deux autres, toutes louées, lui appartiennent également à la suite du décès de son époux Louis CASTEL.

Selon les époques, la déclaration est plus ou moins complète, et plus ou moins longue (j’ai déjà eu des déclarations qui faisaient plus de 10 pages !).

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Une version plus récente de déclaration de succession, celle de Jules Désiré LEGRAND, dressée à Roubaix en 1904

La déclaration de succession peut parfois nous aider à résumer un inventaire après décès, ou à y voir plus clair sur ce que possédait un individu. Elle nous permet également de retrouver les enfants que celui-ci a eu et qui étaient encore vivants au moment de son décès. Quoiqu’il en soit, c’est un source non négligeable qui peut nous ouvrir des portes sur d’autres actes, et en particulier les actes notariés.

Marie Françoise Joseph GHEMART (vers 1761-1822)
2. Seconie Espérance Joseph CASTEL
3. Adolphe Joseph PAUX
4. Isabelle PAUX
5. Anne Marie COUTIER
6. Ma grand-mère maternelle
7. maman
8. moi

 

 

Hommage à mon oncle

Faire de la généalogie, c’est travailler avec le passé, avec des individus qui ne sont plus là, avec ceux qui sont partis. D’une certaine manière, c’est les faire revivre, honorer leur mémoire, retracer leur parcours, évoquer leur souvenir.
Faire de la généalogie, c’est inévitablement travailler avec la mort et l’absence, sans cesse. Cela peut nous permettre de la rendre moins douloureuse – pour ma part en tout cas -, et de faire abstraction de toute sa charge négative: on n’a pas connue la mort de nos ancêtres lointains, et nous la rendons moins triste pour ceux que l’on a vu partir.

Mais parfois, la réalité s’impose à nous et nous rappelle que la mort avec laquelle nous travaillons sans cesse en généalogie peut s’immiscer brutalement dans notre quotidien, bouleversant alors tous nos repères, et bousculant nos convictions les plus intimes et ce qu’il y a de plus profonds en nous. Le temps s’arrête alors, tout est suspendu, plus rien n’a de sens.

C’est ce que j’ai ressenti pour toi mon oncle, ce 19 novembre au soir, quand ma mère m’a appelée pour m’annoncer ton décès brutal – inimaginable. Deux jours auparavant, nous déjeunions ensemble et avions passé trois heures à table à discuter. Jamais je n’aurais pensé que je te voyais pour la dernière fois. Même lors de tes obsèques, où pas moins de deux cents personnes étaient venues te dire au revoir, je ne pouvais y croire. C’est là où la mort peut être terrible, nous déstabiliser. Avec elle, surgissent un tas de questions et d’interrogations, mais aussi beaucoup d’angoisses et de peurs. Comment est-il possible de partir si soudainement? Qu’y a t-il après la mort? Où es-tu aujourd’hui? Pourquoi toi?

Tant de questions qui, finalement, ne nous viennent pas toujours à l’esprit lorsqu’au cours de nos investigations généalogiques, nous sommes heureux de mettre la main sur un acte de décès que l’on cherchait depuis des mois.

De toi, en plus des souvenirs, il me restera plusieurs petites choses, et parmi celles-ci, je souhaiterais évoquer ici ton intérêt pour mes recherches, où à chaque fois que l’on se voyait, tu me posais un tas de questions. La famille, c’était ton truc. Ta famille proche – ta femme et tes deux filles – évidemment, mais également ta famille au sens plus large. Et quelle famille! Toi que j’appelle mon oncle, tu étais en réalité un petit cousin: cousin germain de ma mère aux liens familiaux et finalement « génétiques » très proches: ta mère et ma grand-mère étaient soeurs, tandis que ton père et mon grand-père étaient frères. L’arbre généalogique de ma mère – pour qui tu étais finalement non pas cousin mais un frère, son petit frère – était également le tien: de quoi être encore plus concerné par mes recherches et tous ces ancêtres que l’on partageait !

Je me souviens de la petite fête de famille organisée par mon grand-oncle Michel, à Marsillargues, il y a un an et demi, où tu avais fait le déplacement (plus de 400km de chez toi) pour faire la surprise à tout le monde – y compris ta mère qui ne s’attendait pas à te voir là! Je te revois encore avec ta femme Marion, alors que tout le monde profitait du soleil et de l’apéro, feuilletant les albums photos, regardant avec intérêt chaque objet appartenant à tes ancêtres.

Ce dernier dimanche avec toi à table, nous avons parlé de la famille, de mes recherches, du blog et du challenge. Alors, à la suite de cette terrible nouvelle, il était pour moi inenvisageable et presque indécent de continuer à publier tous les jours un article sur cette famille qui nous lie.

Ça, tu vois, j’y penserai toujours et je penserai toujours à toi lors de mes recherches, de toutes ces choses que j’aurais tant aimées te raconter et que tu aurais eu plaisir à écouter et découvrir.

La mort est terrible mais la vie doit reprendre le dessus. A travers tes filles, ta femme – ta si belle petite famille – et nous, ton souvenir sera sans cesse toujours présent.

Il y a maintenant plus d’un mois que tu es parti mon oncle, et je profite de cet article pour te rendre hommage et te dédier la fin de mon challengeAZ 2019.

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Cédric, 1972-2019.