Drame à Messy.

Lundi 23 septembre 1782. Le curé de Messy (77), commune du Nord de la Seine-et-Marne, procède à l’inhumation du corps d’une petite fille âgée de 6 ans. Marie Louise Rosalie, née le 30 juin 1776 de Louis Martin SONNIEZ et Marie Rosalie PLATRIER, est décédée tragiquement la veille.

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Place de l’Eglise, Messy (non daté), source: AD77

Le dimanche aux alentours de 14h, alors que les habitants se rendaient à l’office, les enfants de la commune et la petite Marie Louise Rosalie jouaient dans les rues de Messy. Tous se trouvaient près d’une charrette chargée à l’arrêt. Alors qu’elle s’amusait avec cette charrette, celle-ci s’est renversée sur la petite fille, l’écrasant et la tuant sous les yeux des habitants et des autres enfants, médusés. Désireux d’éclaircir cette tragédie et en l’attente d’un éventuel procès verbal à dresser, le curé a laissé passer la journée avant de préparer les obsèques. Cette attente prendra fin par une lettre de M. Ganneron, bailli de la ville – l’officier de police comme on dirait aujourd’hui – statuant sur un tragique accident imputable à personne, à part à l’imprudence de la petite Marie Louise Rosalie qui jouait sur cette charrette.

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Acte d’inhumation de Marie Louise Rosalie, vue 121/140, cote 5MI727 (1774-1783), AD77

 

Louis Martin SONNIEZ (ou SONNIER)
2. Jean Pierre Maurice SONNIEZ
3. Narcisse Maurice SONNIEZ
4. Alfred Léon SONNIEZ
5. Octave Alfred SONNIEZ
6. Léone Octavie SONNIEZ
7. mon grand-père maternel
8. maman
9. moi

 

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Les Molé de Champlâtreux

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Situation d’Epinay et de Champlâtreux au Nord du Val d’Oise (95), carte de Cassini

Lorsqu’on fait de la généalogie, il n’est pas rare, au détour de nos recherches, de croiser des noms célèbres ou des personnages ayant – plus ou moins – contribué à notre Histoire avec un grand H.

C’est le cas dans mon arbre généalogique, où mes recherches pour retrouver la trace de Narcisse Gabriel Gallois (1760-1807), mon sosa 432, m’ont menées à la famille Molé.

A priori, ce nom ne vous dit certainement rien, et pourtant, les vestiges de la famille Molé existent et sont encore visible dans notre patrimoine français – et en particulier dans le patrimoine francilien.

Mais d’abord, revenons à Narcisse Gabriel, né à Champlâtreux le 6 avril 1760. Champlâtreux (aujourd’hui Epinay-Champlâtreux) est une minuscule commune située dans le Nord du Val d’Oise, sur les terres des Molé, une famille de nobles originaires de Troyes. Narcisse Gabriel se marie à l’âge de 24 ans avec sa petite cousine Anne Elisabeth Orsée (ou Orsay) le 24 janvier 1784 à la Paroisse Saint-Eustache. Du centre de Paris à Champlâtreux, il y a du chemin. Alors qu’est ce qui a bien pu conduire ce jeune homme de 23 ans à se marier à plus de 27 km de chez lui?

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Paroisse Saint-Eustache sur les plans de Turgot

La dispense de consanguinité, passée devant le prêtre Robinault du Boisbasset un mois avant son mariage, va m’en apprendre plus sur sa situation et m’amener à la famille Molé – le coeur de notre sujet du jour, donc. Cette dispense nous informe donc qu’au moment de son mariage en 1784, Narcisse Gabriel Gallois est postillon (comprenez un cocher qui monte à cheval) pour un certain Mathieu François Molé.

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Dispense de consanguinité, AN Z1o-183 sur geneanet

« A dit s’appeller Narcisse Gabriel Gallois postillon chez M.
le president Molé garçon mineur agé de vingt trois ans demeurant
en l’hotel de M. le président rüe Saint Dominique paroisse de Saint
Sulpice »

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Samuel Bernard, beau-père de Mathieu François Molé, peint par Hyacinthe Rigaud en 1726.

Mathieu François Molé (dit Molé de Champlâtreux), issu de la noblesse de Robe (nobles qui occupent des fonctions dans la justice et les finances) et d’une famille originaire de Troyes, est né en 1705. C’est à la suite du décès de son beau père, Samuel Bernard, richissime et banquier principal du Trésor Royal sous Louis XV, que Mathieu François et son épouse, Bonne Félicité Bernard (qui avait également apporté en mariage 120 000 livres), vont hériter d’une succession plus que généreuse avec laquelle ils vont acquérir et construire plusieurs domaines. En 1740, ils achètent l’Hôtel de Roquelaure, situé dans le 7e arrondissement de Paris et qui abrite aujourd’hui le Ministère de la Transition écologique et solidaire. L’édifice, qui va connaitre des modifications, va prendre le nom d’Hôtel Molé jusqu’en sa vente en 1808 (il ne sera pas toujours resté dans la famille, en particulier lors de la Révolution où il se verra être confisqué).
Vous l’aurez compris, c’est dans cet hôtel particulier situé Rue Saint Dominique (aujourd’hui 246 boulevard Saint-Germain) que vit mon ancêtre Narcisse Gabriel en 1784.

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Hôtel de Roquelaure en 1906. source: Gallica

De 1751 à 1757, les Molé vont faire reconstruire et agrandir le Château de Champlâtreux (commune dans laquelle vit la famille Gallois) tel qu’on le connait maintenant, sur l’ancien château et les terres appartenant à la famille. Peut-être que Nicolas Gallois, père de Narcisse Gabriel, maçon de profession, a participé à cette reconstruction? Sans doute.

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Le Château de Champlâtreux, situé à Epinay-Champlâtreux (95). Idéal pour vos réceptions de mariage !

Enfin, par le biais de son mariage avec Bonne Félicité Bernard, Mathieu François Molé acquiert le Château de Méry-Sur-Oise, situé à une vingtaine de kilomètres de Champlâtreux. Le château restera aux mains de la famille Molé jusqu’en 1852.

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Portrait d’un président à mortier vers 1700, Musée Carnavalet

Mathieu François Molé est Premier Président du Parlement de Paris de 1757 à 1763 et s’installe au Palais, sur l’Île de la Cité à Paris durant cette période, avant de revenir vivre au sein de son hôtel particulier situé rue Saint-Dominique. Toujours dans la magistrature, il sera également président à mortier (titre donné aux présidents de la chambre la plus importante du parlement, qui vient de leur robe de couleur pourpre et de leur coiffure appelées mortier). Il passera une grande partie de sa retraite entre le  Château de Champlâtreux et l’Hôtel Molé où il mourra en 1793 à l’âge de 87 ans.

 

Un de ses fils, Edouard Mathieu François, né en 1760 et qui vivait également à l’Hôtel Molé au moment où Narcisse Gabriel Gallois y travaillait, sera lui aussi à la fin des années 1780 président au mortier. Emigré et revenu en France dans les délais imposés par le décret voté par l’Assemblée Nationale du 31 octobre 1791, il sera trahi par une lettre de soutien adressée au roi, se fera condamner par le tribunal révolutionnaire et guillotiner le 20 avril 1794.

Vidé de ses habitants (Madame de Lamoignon, épouse d’Edouard Molé ainsi que ses trois enfants étant emprisonnés dès 1794) et réquisitionné par les révolutionnaires, l’Hôtel Molé sera attribué à la Commission d’Agriculture et des Arts par le Comité de Salut Public (comité révolutionnaire qui visait la défense de la République) avant d’être restitué à Madame de Lamoignon.

Narcisse Gabriel Gallois, postillon de la famille Molé, semble quant à lui avoir quitté l’Hôtel de la rue Saint-Dominique vers 1790 et échappé aux tourments de la Révolution dans lesquels était pris Molé fils. Il retournera vivre à Champlâtreux avant de quitter à nouveau sa ville natale pour Gentilly (94) où il mourra en 1807.

 

Narcisse Gabriel GALLOIS (1760-1807)
2. Jean Baptiste Narcisse GALLOIS
3. Jean Baptiste GALLOIS
4. Jules René GALLOIS
5. Andéa Maria GALLOIS
6. Léone Octavie SONNIEZ
7. mon grand-père maternel
8. maman
9. moi

 

 

Sources:

  • Vie de Mme Molé, fondatrice de l’Institut des Soeurs de la charité de Saint-Louis. 1763-1825, par le Mis de Ségur, 1880 Gallica
  • L’Etat de la France, David, 1789 Gallica
  • Le Palais de justice d’autrefois : le jardin du roi, l’hôtel de la première présidence et leurs hôtes aux XVIIe et XVIIIe siècles, Emile Clairin, 1922 Gallica

 

Mise à jour généalogique

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Cher.e.s lecteurs.rices,

Voilà un moment que je n’ai pas écrit par ici. Ces derniers mois, le temps m’a quelque peu manqué pour la généalogie (qui est, une passion très chronophage) et, par conséquent, pour l’écriture d’articles sur le blog. Cependant, mes recherches ne sont pas restées au point mort, et elles se sont concentrées sur 4 branches plus précisement, sur lesquelles j’espère pouvoir écrire très bientôt.

  • La branche Réunionnaise de mon compagnon. Certainement ce qui m’a le plus absorbé en généalogie ces derniers temps. En effet, sa maman est née à Saint-Benoît (974), et comme n’importe quel généalogiste qui en veut toujours plus, j’ai souhaité partir à la découverte de ses ancêtres. Les recherches à la Réunion sont très différentes de celles en métropole, et elles ne peuvent se faire sans un minimum de connaissance de l’histoire de cette île. Passionnant !
  • La famille Sonniez à Roissy-en-France (95)*. Mes recherches ont été relancées par une cousine, Delphine, que j’ai rencontré grâce à la passion commune que nous avons: la généalogie. Grâce à elle, j’ai approfondi mes recherches et souhaité en savoir plus sur cette famille, qui est celle de mon arrière-grand-mère maternelle, en retraçant la vie qu’ils ont vécu de la moitié du XIXe siècle jusqu’aux années 1920.
  • La famille Legrand de Roubaix à Wambrechies (59). Cette famille a plusieurs fois fait l’objet de mes recherches depuis que je me suis lancée dans la généalogie. Grâce aux nombreuses photos que j’ai en ma possession et aux informations familiales, j’essaye d’être au plus prêt de leur vie passée. Mon travail se focalise en particulier sur le couple formé par Jules Aimé Désiré Marie Legrand et Juliette Hortense Cordonnier**, Jules Legrand étant l’oncle d’Isabelle Paux qui a fait l’objet de mon #ChallengeAZ 2018.
  • La famille Lavigne. Là aussi, c’est toute une branche de ma généalogie que j’ai découvert grâce à mes cousins argentins***. Cette découverte m’a menée dans le Béarn, avec des recherches propres à cette région (et pas toujours évidentes pour moi!).

A tout cela s’ajoute des recherches ponctuelles plus ou moins poussées, des projets, des actes à retranscrire, mais aussi des moments où je coupe totalement avec la généalogie. Et c’est aussi ça la vie !

 

: Je parle ici de l’intérieur d’Alfred Léon Sonniez lors de son inventaire après décès.
** : Jules Legrand et Juliette Cordonnier sont les parents de Jules Florimond Pierre Legrand, lieutenant de vaisseau.
*** : J’ai découvert tout un pan de mon arbre généalogique à l’occasion des échanges que j’ai eu avec mes cousins argentins, comme je l’évoque ici.

Quand la généalogie mène en Argentine

Tout a commencé au début du mois de décembre. Je reçois deux mails via geneanet: l’un en espagnol, l’autre dans un français maladroit. Deux frère et soeur, prénommés Sandra et Celestin, m’expliquent qu’ils pensent descendre d’un individu qu’ils ont retrouvé dans mon arbre, Célestin LAVIGNE, originaire du Béarn et frère de mon arrière-arrière-arrière grand-mère, parti en 1883 tenter sa chance en Argentine.

Nous voilà arrivés au 2 février 2019. Après de nombreux échanges de mails, de recherches de part et d’autre de l’Atlantique, ma prétendue cousine a retrouvé l’acte de mariage qui va certifier la filiation et notre lien de parenté. Nous sommes bel et bien parents de la 4e à la 6e génération.
Nous sommes en 2019, et grâce internet, je suis en contact avec des cousins vivants en Argentine. De mon côté, la descendance d’une partie de cette famille s’éclaire. De leur côté, ils ont la confirmation que leur ancêtres étaient français.

sticker-mappemonde-50-cm-x-70-cmMais revenons au tout début.

Marie Thérèse Laïre, le point de départ de mes recherches

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Marie Thérèse Laïre (archives personnelles)

Marie Thérèse Laïre est mon arrière-arrière grand-mère, épouse d’André Fontaine, qui a fait l’objet de mon premier article sur ce blog.
Il s’agit d’une des premières personnes qui a été au centre de mon attention et de mes recherches dès lors que j’ai débuté en généalogie. En effet, je savais seulement d’elle, par les informations transmises par ma grande-tante, qu’elle avait été abandonnée à la naissance. L’envie était bien trop forte de percer le mystère et de retrouver une trace des ses parents ! Malheureusement, j’ai fait chou blanc après avoir cherché un peu partout: son acte de naissance du 12 septembre 1888 à Bordeaux (33) mentionnait seulement sa mère, Catherine Laïre, domestique de 20 ans, domiciliée au 33 rue de Naujac à Bordeaux. Impossible de mettre la main sur cette Catherine Laïre.

Très rapidement, je laissai tomber et passai à autre chose.
Jusqu’au jour où je reçois dans ma boite mail le dossier des enfants assistés de Gironde de Marie Thérèse Laïre.

Et là, surprise: sa mère se nomme en réalité Catherine Lavigne, née le 9 septembre 1868 à Méritein (64), et domiciliée à Mérignac (33). Toujours pas de mention du père de Marie-Thérèse, mais le vrai nom de famille de Catherine ainsi que sa ville de naissance va me permettre d’accéder à toute une branche qui m’était alors totalement inconnue.

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Dossier de Marie Thérèse Laïre, n°6997, Archives départementales de Gironde.

La famille Lavigne

Me voilà partie pour le Béarn. Après un petit temps d’adaptation et de compréhension des subtilités propres à cette région de la France (un monde à part, je vous le dis!), je reconstitue assez rapidement la famille de Catherine.

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Situation géographie de Méritein, dans les Pyrénées-Atlantiques (64) (source: geoportail)

Pierre Lavigne, métayer, né en 1833 à Araux (64), épouse à Méritein (64) le 19 avril 1860 Marie Latreyte, née en 1839 à Méritein. Cette dernière va mettre au monde 11 enfants:

  • Catherine Désirée, née en 1860 à Araux
  • Jean, né en 1862 à Méritein
  • Célestin, né en 1865 à Méritein
  • Catherine, née en 1868 à Méritien (mon AAAGM)
  • Arnaud, né en 1870 à Méritein
  • Claire, née en 1871 à Méritein, Maison de Salauly
  • Marie, née en 1873 à Méritein
  • Jean Baptiste, né en 1875, à Méritein
  • Germain, né en 1877 à Méritein, décédé à l’âge de 3 en 1880 à Gurs
  • Jeanne, née en 1880 à Gurs
  • Auguste, né en 1882 à Gurs, décédé l’année suivante à l’âge de 8mois.

Alors que j’avais connaissance de tous les membres de la famille, le plus dur restait à venir. En effet, il m’était impossible de retrouver la trace de la famille dans les registres de l’état civil. Les recherches sur filae, dont l’aide est précieuse pour le XIXe siècle, restaient vaines.

Départ pour l’Argentine

C’est en regardant du côté des registres matricules que tout s’est expliqué.
Deux des frères Lavigne, Jean et Célestin, n’ont jamais fait leur service militaire, étant absents car vivant en Amérique.
En effet, comme de nombreux jeunes hommes béarnais et basques de leur âge, ils ont fuit la conscription, sont partis rejoindre le port de Bordeaux, et ont pris un bateau pour l’Amérique du Sud. Mais ils ne sont pas partis seuls, ils y ont aussi emmené leurs soeurs.

Jean a quitté sa famille et le port de Bordeaux le 5 décembre 1873, à l’âge de 11 ans. Il est parti à bord du Niger direction Buenos Aires, avec sa soeur Catherine Désirée, 13 ans. J’ignore pourquoi ces deux enfants sont partis si jeunes, sans leurs parents, restés à Méritein, ni aucun autre membre de la famille. Sont-ils allés rejoindre quelqu’un à Buenos Aires? Comment se sont-ils débrouillés une fois arrivés? Mystère.

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Le Niger ( source: Messageries Maritimes)

Célestin est quand à lui parti dix ans plus tard. Il quitte Bordeaux et embarque sur l’Orenoque avec sa petite soeur Catherine, mon AAAGM, le 5 décembre 1883, alors qu’il a 18 ans et elle 15. Ont-ils rejoints leurs frère et soeur déjà sur place? A nouveau, mystère.

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L’Orenoque en cale sèche à Bordeaux ( source: Messageries Maritimes )

C’est ce fameux Célestin, arrivé à Buenos Aires fin 1883 début 1884 qui va être le trait d’union entre mes cousins Argentins et moi même. Celui-ci va se marier en 1890 Chivilcoy, commune située à 160km de Buenos Aires, avec Honoria Campagnolle, une argentine née de parents français (et béarnais, plus précisément!). Ensemble, ils auront plusieurs enfants, dont le grand-père de mes cousins, Sandra et Celestin.

Qu’est devenue le reste de la famille Lavigne?

Célestin et son frère Jean se sont établis de façon certaine en Argentine. Nous pouvons par ailleurs lire sur la fiche matricule de Jean que celui-ci vit en 1905 à 25 de Mayo, ville située à 70 km de Chivilcoy (dans laquelle vivait d’ailleurs Célestin avant son mariage: peut-être que la famille Lavigne s’est établie là bas à son arrivée en Argentine?).

Pour le reste, nous ne pouvons faire que des hypothèses, car à l’heure actuelle, je n’ai pas retrouvé la trace (ou du moins je n’en suis pas tout à fait certaine) de Catherine Désirée, ni de certains autres membres de la famille, tels que Claire et Marie, nées respectivement en 1871 et 1873. Elles se sont comme évaporées des registres de l’Etat Civil et des recensements français. L’hypothèse la plus probable est qu’elles ce soient aussi toutes les deux établies en Argentine.

Arnaud, Jean-Baptiste et Jeanne, quant à eux, semblent n’avoir jamais quitté leur France natale.

Quant à Catherine, mon AAAGM, j’ignore les raisons qui l’ont poussé à revenir en France.  Ce retour s’est fait entre 1884 et 1888, date à laquelle on la retrouve domestique à Mérignac, indigente, avec une petite fille qu’elle est dans l’incapacité d’élever et qu’elle se résout à abandonner seulement 12 jours après sa naissance.

Catherine finira le reste de sa vie à Mérignac. Son frère Jean Baptiste – qui n’a jamais quitté la France – , la rejoindra entre 1895 et 1899. Catherine se marie en 1897 avec Jean Audignon. Il a 34 ans, elle en a 28. Pierre et Marie, les parents de Catherine, seront consentants mais pas présents pour le mariage. En effet, ils vivent toujours à Gurs, à 250 km de Mérignac.
Jean et Catherine auront seulement trois enfants: Marie en 1898, Jean en 1899 et – un second – Jean en 1904. Le mari de Catherine, Jean Audignon, décède prématurément en 1905, à l’âge de 43 ans. Catherine se retrouve seule avec ses trois jeunes enfants, et sa belle mère, Catherine Lassalle, qui vit sous le même toit que la petite famille.
Entre 1911 et 1915, les parents de Catherine, Pierre et Marie, se rapprochent de leur fille et de leurs petits enfants, en s’installant à Mérignac. Mais à nouveau, le malheur frappe le cours de la vie de Catherine: ses parents Marie et Pierre décèdent en 1915, à à peine trois mois d’intervalle.
Le 20 juillet 1920, Catherine décède à son tour, à l’âge de 51 ans.

Jean Baptiste se mariera lui aussi à Mérignac avec Elisa Sallebert en 1906. Le couple n’aura aucun enfant et vivra modestement à Mérignac.

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En rouge Gurs (64), en bleu Mérignac (33), Google

Maintenant que je connais un peu mieux Catherine, je m’interroge et essaye d’imaginer la vie qu’elle a eu, mais aussi la vie et les relations qu’avaient les membres de cette famille Lavigne, éclatée entre la France et l’Amérique du Sud. J’essaye de comprendre la décision terrible qu’elle a du prendre en 1888 lorsqu’elle a laissé Marie Thérèse, sa fille, à l’assistance publique. J’essaye de ne plus lui en vouloir, de me mettre à sa place.
Nombreuses sont les questions qui resteront sans réponses.
Chacun s’imaginera ce qu’il veut, mais lorsque je pense à la vie de Catherine, j’ai le sentiment que celle-ci est loin d’avoir été heureuse.

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Catherine LAVIGNE (1868-1920)
2. Marie Thérèse LAIRE 
3. Léo Fontaine
4. ma grand-mère maternelle
5. maman
6. moi

Un mariage express.. et déjà consommé.

Alors que je travaillais sur la branche de ma famille GALLOIS, je suis tombée sur une situation peu ordinaire à l’époque.

 

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Situation de Champlâtreux (aujourd’hui Epinay-Champlâtreux), Cartes de Cassini (source: geoportail.gouv.fr

En effet, quelle ne fut pas ma surprise, alors que je parcourais dans le sens inverse (en commençant par la fin) le registre paroissial de la petite commune d’Epinay-Champlâtreux au nord du Val d’Oise, lorsque je vis l’acte de naissance du 15 juin 1771 de Sophie Anne Morel et sur la même page, l’acte de mariage de ses parents, Pierre Morel et Marie Sophie Gallois, le 15 mai 1771, soit un mois plus tôt !

Evidemment, on imagine bien la situation délicate: des noces déjà consommées, le ventre bien rond de la mariée lors de la messe, et un mariage qui doit avoir lieu à tout prix avant la naissance de l’enfant. C’est pourquoi celui-ci a été fait précipitamment, se dispensant même des habituelles publications de bans (qui auraient repoussé le mariage trois semaines plus tard…. trop risqué de voir la future mariée déjà accouchée !). De la même façon, les témoins sont les pères des mariés et le jardinier du château de Champlâtreux. Difficile d’organiser un mariage en si peu de temps !

Extrait de cet acte de mariage express:

Sans titre.png
BMS Epinay-Champlâtreux 1750-1792, vue 87/166, E-DEPOT64 E2, AD95.

« […] et après avoir fait déjà aupara
-vant la bénédiction nuptiale la première publication du
mariage le neuf de ce mois les deux autres publications
n’ayant point étés faite par rapport à la dispense que
les parties contractantes ont obtenues de Monseigneur
l’Archevêque de Paris comme il couste par l’aposition
de son cachet et la signature d’un de ses vicaires généraux
et son secrétaire Compine et au dossier Cha[u]vaux
greffier des Insinuations Ecclésiastiques en datte du 
même mois, comme encore après avoir entendu en
confession et fiancé la veille dud. mariage les dittes
personnes cy dessous énoncées […] »


Marie Eléonore CUREAU cousine de Marie Sophie GALLOIS, notre mariée, 1750-1785, 
2. Jean Baptiste GALLOIS
3. Jules René GALLOIS
4. Andréa Maria GALLOIS
5. Léone SONNIEZ
6. papi
7. maman
8. moi

#ChallengeAZ : Epilogue

A l’occasion du Challenge AZ 2018, j’ai tenté durant ce mois de novembre de vous partager le quotidien d’Isabelle et de la famille Coutier durant la Première Guerre Mondiale. J’ai pu faire ceci grâce aux nombreuses sources dont je dispose et en particulier grâce à son journal que j’ai retranscrit il y a maintenant quelques mois.

Vous vous en doutez bien, la vie de la famille Coutier ne s’est pas arrêtée avec la fin de la guerre. C’est pourquoi je vous propose de revenir sur les années qui ont suivi la guerre et sur cette famille du Nord, qui a du se reconstruire comme beaucoup de familles françaises – et allemandes.

Après la démobilisiation, Louis Coutier va rejoindre sa femme et ses trois filles à Mouvaux. Les dégâts de la maison et de la fabrique sont très importants, et la perspective d’un réel avenir dans le Nord de la France semble difficile à imaginer.

Isabelle tombe enceinte et met au monde une quatrième fille, deux ans après la signature de l’Armistice, le 11 novembre 1920. C’est Anne-Marie, mon arrière-grand-mère. Annie, comme on l’appelait, sera le dernier enfant du couple.

La famille Coutier en Tunisie, de 1921 à 1930 – Archives personnelles

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Isabelle, Annie, Louise et Claire (dans son habit de communion), 1924 – Archives personnelles

Tous les dimanches à la messe, on prêche une vie meilleure en Tunisie, où les terres sont vendues à des prix attractifs et très abordables pour les français qui ont tout perdu. La famille Coutier, en mal de soleil et qui s’était plu dans le Sud de la France, quitte tout et arrive à Sidi Tabet au début de l’année 1921.  Là bas, elle possède plusieurs terres au domaine Revoil, à une trentaine de kilomètres au Nord Ouest de Tunis. Les quatre filles Coutier vont aller à l’école de Tunis. Annie, la petite dernière, a 12 ans d’écart avec sa soeur Isabelle. Louise et Isabelle se marient chacune de leur côté, la même année en 1928, tandis que le reste de la famille va s’en aller vivre du côté du Sers, ville essentiellement agricole dans les terres de Tunisie. La troisième des filles Coutier, Claire, se marie en 1931. La malheureuse décèdera trois ans plus tard,  à l’âge de 22 ans, des suites d’une tuberculose et laissera deux enfants en bas âge. Son père, Louis Coutier, ne se remettra jamais de la perte de sa fille qu’il aimait tant. Devenu alcoolique, il décèdera quelques mois plus tard.

Isabelle Paux et Louis Coutier – Archives Personnelles

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Mon arrière-grand-mère Annie et ses parents, Louis et Isabelle, 1925 – Archives Personnelles
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Annie et Léo lors de leur mariage en 1938 – Archives personnelles

 

 

Annie, la dernière de la famille, va se marier le 24 septembre 1938 à Tunis, avec un militaire du 62e régiment d’artillerie en garnison en Tunisie: Léo Fontaine, mon arrière-grand-père. Elle aura avec lui quatre enfants, trois filles et un garçon. Parmi eux, ma grand-mère maternelle, la troisième fille du couple. Tous grandiront en Tunisie jusqu’à leur départ définitif en 1956.

 

 

Isabelle Coutier quant à elle va vivre la fin de ses jours chez sa fille aînée Isabelle au Sers. Là bas, elle aura un débit de tabac. Lorsque la Tunisie sera touchée par la seconde guerre Mondiale et occupée par les allemands, elle écrira à nouveau régulièrement dans un petit journal – journal dont je n’ai pas encore fini la retranscription. Femme de caractère, elle laissera une forte impression à ses petits-enfants. Elle décèdera en 1948.

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Annie, Isabelle Paux, Isabelle Coutier et Louise, 1948 – Archives personnelles

Les descendants du couple Coutier, tous nés en Tunisie, seront tous rentrés en France en 1955.

Aujourd’hui, Isabelle et Louis Coutier comptent et laissent derrière eux 5 enfants, 14 petits enfants, 32 arrières-petits enfants, 63 arrières-arrières petits enfants!

Je profite de cet épilogue pour remercier tous les membres de la famille Coutier passionnés par l’histoire d’Isabelle et par les témoignages qu’elle nous a laissé. Depuis plus de quarante ans maintenant, beaucoup de mes grands-oncles et grandes-tantes (qui ont eu la chance de connaître Isabelle !) travaillent dur pour conserver et transmettre la mémoire familiale. Toujours présents pour répondre à mes nombreuses interrogations, c’est bien évidemment grâce à eux que j’ai pu vous partager l’histoire de la famille Coutier, grâce à leurs documents qu’ils m’ont partagé, mes aussi leurs anecdotes, leurs souvenirs d’enfants et leurs longues recherches. 
Merci à eux. 

#ChallengeAZ: Z comme Zulma

Pour cette dernière lettre du Challenge, je vais vous parler de Zulma Marie Legrand, la mère d’Isabelle…

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Zulma Marie est née le 16 avril 1842 à Wambrechies. Elle est le premier enfant du couple formé par Florimond Joseph Legrand, vétérinaire, et Flore Justine Camille Catteau, bouchère. Son petit frère Jules Désiré Aimé Marie (le père de Jules Legrand dont j’ai déjà évoqué le parcours ici) naît alors qu’elle a 2 ans. Un an plus tard, en 1845, elle perd son père, qui est seulement âgé de 40 ans. Sa mère, qui a 13 ans de moins que son feu mari, va rapidement se remarier avec un homme, Henri Joseph Castel. Avec lui, elle aura une petite fille, Louise Flore, née en 1848.

 

 

 

Zulma va quitter tardivement le foyer. Elle a 32 ans lorsqu’elle épouse Adolphe Joseph Paux, un menuisier de Mouvaux âgé de 39 ans. Il y a fort à parier que ces deux là se sont connus dans le cadre familial: Adolphe Joseph Paux et Henri Joseph Castel (le beau-père de Zulma), sont cousins germains !

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De gauche à droite:
Zulma Legrand, photo annotée au dos par Isabelle Paux: « Maman devant l’atelier de papa »
Ferdinand Paux, photo annontée au dos par Isabelle Paux: « Mon parrain Ferd. Paux »
Archives personnelles

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Portrait de Zulma Legrand – Archives Personnelles

De ce mariage célébré en 1875 à Wambrechies naîtra deux enfants: Isabelle en 1876 et Georges en 1882. Zulma se retrouvera seule avec ses deux enfants suite au décès de son mari en 1890. Elle pourra néanmoins compter sur la présence de son beau-frère Ferdinand Paux, qui l’aidera et vivra avec la famille dans leur maison de Mouvaux, dans le quartier du hameau de la Chapelle.

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Zulma et sa petite fille Isabelle vers 1908 – Archives Personnelles

Zulma ne quittera jamais ses enfants. Elle s’installera dans la maison de la famille d’Isabelle, rue des Duriez. Elle a 72 ans lorsque la guerre est déclarée. Elle va beaucoup souffrir de cette nouvelle période, sous l’occupation allemande, et en particulier des rations et restrictions alimentaires. Les deux femmes, assez proches, vont se soutenir mutuellement et veiller l’une sur l’autre suite au départ des hommes mais aussi devant l’incertitude des temps à venir. Quand Isabelle ramène de la farine, Zulma fabrique du pain meilleur que le pain noir quotidien de la boulangerie. Aussi, Isabelle tente de privilégier sa mère lors des repas, en lui donnant de la soupe afin de maintenir une santé correcte. Ceci ne va pas l’empêcher de tomber soudainement malade, comme le relate Isabelle dans son journal:

« Samedi 13 mars 1915

Jour de malheur, maman est frappée de congestion. Inquiète de ne plus la voir, surtout qu’elle avait vu que je cuisais le pain, que Pierre ne voulait pas dormir et que Claire étant malade et très chagrine depuis deux jours, on la cherche partout et on la trouve au grenier tombée sur les oignons qu’elle était allée chercher pour le dîner. Des secours sont arrivés pour la relever et la descendre. Pour comble le docteur Tiberghien, qu’on était allé prévenir, ne pouvait arriver avant quatre heure. Le pharmacien est venu en attendant. Pauvre maman ! elle a peine à parler et a un bras et une jambe paralysés. Sur la même minute quand maman était à peine installée dans le lit, on vient dire que Louis et Eugène sont sauvés en France, puis on apporte des nouvelles de Georges de trois sources différentes par Mme Duhamel, Reine et Mme Defollin. Puis on vient avec une voiture réquisitionner 50 litres d’huile de lin et 30 ko (plus 12 brosses à blanchir qui étaient au plafond) de colle. L’officier, à qui j’expliquais que j’avais besoin d’être près de maman ,est allé la voir et a ordonné, étant étudiant en médecine, du cognac de temps en temps, en attendant le pharmacien et le docteur. Qu’elle triste chose ! Mon dieu, aidez-moi et guérissez maman je vous en supplie ! »

« Mardi 16 mars

A 7h du soir on a administré les derniers sacrements à maman. C’était bien triste cette communion et extrême onction au son du canon. Maman a l’air de souffrir avec résignation. Elle est immobile depuis samedi, mais parle mieux cependant. Le docteur dit que ça ne fait aucun doute elle restera paralysée et souffrira car étant lourde sa peau sera écorchée. Il faut la coucher sur une peau de chamois et entourée d’un taffetas, et mettre des épaisseurs pour absorber tout ce qu’elle laisse. Quelle misère ! »

Le verdict tombe: Zulma est atteinte d’un cancer des intestins. Elle va rester alitée 6 mois avant de partir le 7 septembre 1915.

« Dimanche 19 septembre 1915

Voici bientôt 15 jours que maman est morte (7 septembre) après d’horribles souffrances. Pendant les quelques semaines qui précédèrent sa mort et surtout les trois derniers jours, elle eut des coliques atroces ayant l’intestin absolument bouché. Il lui était survenu un cancer d’intestin, c’est ça qu’elle souffrait tant et sans la morphine elle eut souffert encore davantage. Pendant trois nuits et trois matinées ; en attendant la visite du docteur pour la piqure, elle cria douloureusement que c’était pénible ! Nous demandions à Dieu qu’il la délivre de ses maux. Depuis la fin d’août, elle était pour ainsi dire à la mort et ne savait plus parler. Elle a dit encore plusieurs fois tout bas, je l’ai bien compris : « je m’en vais ! au revoir. Il faut rester ici ». Ça fendait le cœur. J’ai répondu : « sois tranquille, va maman, j’aurai soin de tout ». Ensuite elle n’a plus rien dit sinon une fois : « maman ? ». On lui a répondu que j’étais occupée avec le petit, que j’allais venir et comme derniers signes de reconnaissance elle serrait la main de ceux qui venaient la voir et elle les attirait pour les embrasser. Moi particulièrement, elle me pressait toujours les mains et me faisait signe de ne pas la quitter. »

Jusqu’au bout Isabelle sera restée auprès de sa mère. Même lors des moments les plus incertains, où le canon se rapprochaient de plus en plus de Mouvaux, Isabelle souhaitait rester auprès de sa mère, même si il aurait fallu quitter la ville (chose qui n’arrivera pas).

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Zulma Legrand sur son lit de mort – Archives Personnelles