#ChallengeAZ : Z comme Zot

Ca y est, nous arrivons au terme de notre challenge et au terme de notre aventure. Durant un mois, nous avons voyagé dans le temps (du XVIIe siècle au début du XXe siècle) et dans l’espace (de l’île de la Réunion, à Madagascar, en passant par la métropole). Nous avons vu les branches qui composaient l’arbre de Belle-Maman, des primo-arrivants, à la recherche d’une vie meilleure, aux esclaves, arrachées de leurs terres. C’était pour moi un sacré challenge de vous parler de tous ces gens et de faire mes recherches depuis Paris avec mon ordinateur – et avec quelques visites aux Archives Nationales. C’était aussi frustrant parfois de ne pas pouvoir approfondir davantage certaines branches, les archives départementales de Saint-Denis étant inaccessibles pour moi du fait de la distance. J’ai pu vous parler à plusieurs reprises de la lignée patronymique de Belle-Maman (c’est souvent à cette lignée que l’on s’intéresse en premier, car elle contient l’histoire de notre nom de famille, celui qui fait parti de nous et nous suit toute notre vie). Bref, défi relevé, j’ai pu tenir sur la durée et vous raconter la vie, le parcours et des anecdotes de ces personnes.

Bertall, 1882 (source: IHOI)

Cependant, il y a des individus de l’arbre généalogique dont je n’ai pas pu évoquer le parcours. Ce sont eux, ces hommes et ces femmes, dont le prénom a seulement été déclaré par leurs enfants à l’officier d’Etat Civil, au moment de l’abolition de l’esclavage en 1848. Sur eux je ne sais rien: ce sont les grands oubliés de l’histoire de l’esclavage, points de rupture dans la chaine des origines des affranchis, déracinés, arrachés à leur famille, leur culture et leur terre. D’où venaient-ils? Qui étaient-ils?

Afrique Orientale. Naturel de la Côte du Mosambique, N. M. Petit, XIXe (source: IHOI)

Peut-être que les prénoms déclarés dans les registres n’étaient pas les leurs, peut-être même que ces prénoms là ne les désignaient pas: nous avons eu l’exemple avec Célerine, dont la reconnaissance par Grégoire DIDIER laisse le doute planer quant au véritable père biologique de celle-ci. De plus, certains esclaves naissaient de relations entre le mère esclave et le maître. Quoiqu’il en soit, ces hommes et ces femmes ont vécu. Peut-être que certains ont connu un temps la liberté avant d’être capturés et vendus, tandis que d’autres sont nés et morts esclaves.

Aujourd’hui et pour ce dernier article, je souhaiterais leur hommage, en citant leur prénoms – cette unique trace qu’ils ont laissé dans les registres.

Prémont, Paul, Sylvie, Zabeth, Eléonore Victoire, Clément, Perrine, Montrose, Tarcille, Elie, Marthe, Didier, Frasie, Denis, Célerine, Célestine…

Merci à tous d’avoir suivi ce challenge, et merci à la famille de Belle-Maman pour tous ses retours très encourageants ! J’espère pouvoir poursuivre mes recherches et trouver davantage d’informations – que je partagerai avec vous ici !

#ChallengeAZ : Y comme Yab

Yab. Un terme créole qui désigne les créoles blancs de l’île (aussi appelé ti blan, en opposition aux gro blan), et plus précisement les descendants des colons arrivés sur l’île au XVIIe et XVIIIe siècle, qui se sont retrouvés ruinés après l’abolition de l’esclavage. Petits blanc des hauts est une appellation également utilisée pour designer les yab qui sont partis cultiver les terres des Hauts de l’île.

La lettre du jour et le mot trouvé est l’occasion pour moi de revenir sur les primo-arrivants et leur origines métropolitaine avec une simple illustration.

En rouge, les primo-arrivants venus du Royaume de France. En orange, leur ascendance. (cliquez pour agrandir)

Petit tour d’horizon donc des origines locales des ancêtres de Belle-Maman, illustrées par cette carte de France métropolitaine avec nos régions actuelles (qui n’étaient pas, je le précise, celles du XVIIe siècle !)

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#ChallengeAZ : X comme XY

Nous arrivons bientôt au terme de notre challenge et de notre voyage à la Réunion. C’est l’occasion pour moi de revenir une dernière fois sur la lignée patronymique de Belle-Maman, celle qui a concentré dans un premier temps mes recherches: la famille CARDIA.

Cette article portera exclusivement sur 3 générations (de Pierre Léo CARDIA à Pierre Noël CARDIA) et excluera, par soucis de confidentialité, la génération du père de Belle-Maman et sa génération à elle.

Arbre de Pierre Noel CARDIA sur 3 générations (cliquer pour agrandir)

Génération 1 – Pierre Noël CARDIA: le premier CARDIA

Pierre Noël est comme je l’appelle souvent « le premier CARDIA ». Né esclave sur l’île vers 1815, il est affranchi en 1848 au moment de l’abolition et le nom de CARDIA lui est donné (pour l’origine du nom c’est par ici !). Sa mère n’est pas inconnue: il s’agit de Gertrude, née vers 1778 en Afrique. J’ignore à quel moment elle est arrivée sur l’île, mais si Pierre Noël est bien né à Bourbon entre 1815 et 1817, alors elle était déjà présente depuis au moins l’âge de 37 ans environ. Gertrude porte une nom différent de son fils, CASIMIR, car elle ne vivait plus sur le même habitation que lui au moment de l’abolition. En effet, elle avait été vendue un an auparavant à un autre maître.

Pierre Noël va avoir au moins un enfant avant l’abolition avec une certaine Victorine, nommée FARNASSE en 1848, elle aussi esclave sur son habitation. Il s’agit de Ferdinand, déjà évoqué au court de ce Challenge car parti vivre à Saint-Denis puis à Madagascar. Victorine va avoir d’autres liaisons avec d’autres esclaves de l’habitation, dont va naître deux enfants: Sylvio en 1845 et décédé en 1848, et Augustave, né en 1848. Je n’ai jamais retrouvé la trace de dernier après l’abolition.

Woman carring a child, Trinidad, R. Bridgens, 1830

Le couple CARDIA/FARNASSE se marie le 10 avril 1850 à Saint-Benoit. Ils légitiment au cours de ce mariage Ferdinand, âgé de 10 ans. Pierre Noël va continuer à travailler sur l’habitation de son ancien maître, Bernard LIOTAUD, probablement par le biais d’un contrat d’engagement. Il va continuer à exercer le métier de charpentier mais aussi de charron: il était celui qui construisait et réparait les véhicules de l’époques (charrettes, carrioles…). Victorine est quant à elle domestique ou couturière selon les actes. Il est fort probable que Pierre Noël n’ait plus eu du liens avec sa mère Gertrude après l’abolition. En effet, il déclare lors de son mariage être né de parents inconnus. De plus, Gertrude décède en 1852, loin de son fils, après seulement 4 ans de liberté, indigente et infirme.

Pierre Noël et Victorine vont avoir au total 7 enfants, avec un écart d’âge de 30 ans entre l’aîné, Ferdinand, et le cadet, Pierre, arrière-grand-père de Belle-Maman ! Malheureusement, la mortalité infantile va fortement frapper la famille CARDIA, puisque 4 des 7 enfants du couple vont mourir en bas âge. Seuls trois enfants – trois garçons-, vont assurer la descendance familiale: Ferdinand, Jean Prémont et Pierre.

Pierre Noël décède le 28 mai 1875 à Saint-François, à l’âge d’environ 58 ans. Ses deux Ferdinand et Jean Prémont sont déjà grands. L’aîné, Ferdinand, a quitté le foyer depuis une quinzaine d’années déjà mais il ne vit pas loin. Il exerce la profession de garde de marronage (je n’ai à ce jour pas trouvé en quoi consistait ce métier à La Réunion en 1875), et a déjà donné à son père de nombreux petits enfants dont 3 sont encore en vie – les épidémies et la mortalité infantile n’ont pas épargné Ferdinand et sa femme. Jean Prémont quant à lui aide déjà depuis plusieurs années son père dans le travail de bois. En revanche, Pierre laisse derrière lui un petit de 5 ans, son dernier fils, Pierre. Est ce pour cette raison que Victorine va se remarier 4 ans plus tard? Hasard ou non, elle épouse Casimir GAGNARD, un cultivateur, voisin de Gertrude CASIMIR en 1852 qui avait déclaré son décès. Victorine décède le 15 juin 1895, à Saint-Anne.

Acte de décès de Pierre Noël CARDIA du 29 mai 1875 à Saint-Benoit (source: ANOM)

Génération 2 – Pierre CARDIA

Nous venons de le voir, Pierre a seulement 5 ans lorsqu’il perd son père. Il a en a 25 lorsqu’il déclare le décès de sa mère Victorine, accompagné de Gilbert GUSTAMAN, frère de sa belle soeur Marie Antoinette. Mais revenons quelques années auparavant: Pierre se marie dès ses 18 ans, le 18 janvier 1888. Il épouse Marie Rose ARSIDOU, 21 ans, fille d’engagés africains. Le couple va vivre à Sainte-Anne où Pierre cultive des terres. Le mariage est vite consommé puisque Pierre Léo, premier enfant du couple, nait le 22 décembre 1888: il s’agit du grand-père de Belle-Maman. Quatre autres enfants vont suivre: Jean Victor en 1891, Joseph en 1893, Victoria en 1895 décédée en bas âge et Marie Joséphine en 1898.

Quartier Sainte-Anne, Roussin, 1860 (source: IHOI)

Pierre décède relativement jeune. En effet, sa mort survient le 24 mars 1915 alors qu’il a seulement 45 ans. La guerre a éclaté depuis un an déjà mais aucun de ses deux fils n’est encore sous les drapeaux au moment de son décès. La date du décès de sa femme Marie Rose ARSIDOU est quant à elle inconnue.

Génération 3 – Pierre Léo CARDIA

Pierre Léo, l’aîné du couple CARDIA/ARSIDOU, va se marier 4 mois après le décès de son père, le 10 juillet 1915. Il a alors 26 ans, et comme son père il travaille la terre. Il épouse Marie Adrienne JEANNIN. Les mères des futurs époux sont présentes au mariage. En effet, Pierre Léo et Marie Adrienne ont le point commun d’avoir tous les deux perdus leur père. Pierre Léo vit alors au Cap avec sa mère tandis que Marie Adrienne vit Chemin Morange à Sainte-Anne. Le couple va avoir au moins 6 enfants et de nombreux petits enfants – et arrières-petits enfants ! Tous représentent aujourd’hui la descendance de la famille CARDIA.

Famille Créole, Angelin, début du XXe siècle (source: IHOI)

#ChallengeAZ : W comme Waye Koun

Aujourd’hui, je vais prendre une peu de distance avec les ancêtres de Belle-Maman et, à partir d’une source bien spécifique, vous parler d’un inconnu.

Au début de l’année 2020, les Archives Départementales Sudel Fuma de Saint-Denis mettent en ligne de nouvelles sources liées à l‘immigration et à l’engagisme. Parmi elles, le registre de la taxe de séjour payés par les engagés, couvrant la période de 1900 à 1905 et concernant toute l’île. Au dela d’avoir dans ce registre des informations et une idée de la situation d’un engagé, certaines cases sont accompagnées de photos d’identité.

Photographies trouvées au fil des pages des registres de taxe de séjour

Les ancêtres de Belle-Maman ne sont pas concernés par ces registres (qui comportent des milliers et des milliers de pages), sauf peut-être un, le grand-père de Belle-Maman originaire de Chine et à ce jour non identifié.

C’est la photographie de ces individus qui m’a donné envie d’écrire aujourd’hui un article. Le regard de ces hommes et de ces femmes a quelque chose de tout à fait saisissant et d’indescriptible. Pour ma part, ils me touchent tous chacun à leur façon, et c’est pour moi très émouvant de parcourir les pages registres. Aujourd’hui je souhaiterai simplement faire sortir de l’oubli l’un d’entre eux, choisi au hasard: WAYE KOUN.

Case concernant Waye Koun, registre 3, p. 20 (source: AD974)

Waye Koun est un chinois arrivé à La Réunion le 29 mars 1903. Sa photo laisse penser qu’il est relativement jeune (une vingtaine d’année peut-être?). Il est simple employé dans une société situé Rue Saint-Anne à Saint-Denis.

Son permis de travail va être renouvelé à plusieurs reprises entre 1903 et 1905. Cependant, il est condamné le 29 juillet 1905 à 5 frs d’amende pour défaut de titre de séjour.

Je n’ai pas connaissance du reste de la vie de Waye Koun et les registres n’ont pas destination à en faire état. Peut-être est-il resté sur l’île et s’est marié? Peut-être a t-il eu des enfants? Je l’ignore, mais je suis heureuse aujourd’hui de le faire sortir de l’oubli et de ce registre.

Source:
- Engagisme et immigration sur les AD974

#ChallengeAZ : V comme Vérette

Nous sommes en 1729 à Bourbon. Pierre Benoit Dumas est gouverneur de l’île depuis 2 ans. Sous son commandement, la production de la culture de café s’est intensifiée, au détriment de la vie quotidienne des esclaves, dont la condition s’est considérablement dégradée. Ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux: en 1714 on en compte 534. Quant aux habitants de l’île – les colons et leur descendance – ils sont désormais au nombre de 623. Ils étaient près du double en 1729. Installés autour des paroisses de Saint-Paul, de Saint-Denis, de Sainte-Suzanne et de Saint-Louis, ils ont reçu de la part de la Compagnie de nombreuses concessions. Certains ont même reçu des concessions plus au Sud de l’île, dans une zone encore préservée de toute vie humaine.

Cette même année 1729, l’île Bourbon va être gravement touchée par la vérette, ou autrement nommée la variole. C’est la première épidémie que connait l’île, et nombreux sont les habitants qui vont être contaminés. Cette année là, Saint-Paul enregistre 406 décès, contre une quarantaine habituellement. En l’espace de cinq mois, plus de 1500 personnes – soit un quart de la population de l’île – vont succomber à la maladie. Par manque de place, nombreux sont ceux qui vont être enterré en dehors du cimetière communal.

Environs de la chapelle de St-Jacques (aux Lataniers). Pendant le choléra de 1859. Saint-Denis, Roussin, vers 1860 (source: IHOI)

Parmi les malades décédés de la vérette, il y a très probablement deux ancêtres de Belle-Maman: Jeanne ARNOULD et Geneviève DALLEAU. La famille PAYET va également être durement frappée par l’épidémie.

Jeanne ARNOULD

Jeanne ARNOULD est une créole née le 2 juillet 1677 à Saint-Paul. Elle est la fille de Denis ARNOULD, soldat de la Compagnie des Indes, né à Madagascar de parents français, et de Marie MAHON, malgache née à Tamatave, à Madagascar.

Acte de baptême de Jeanne ARNOULD du 26 juillet 1677 à Saint-Paul (source: AD974)

Jeanne épouse avant ses 13 ans Henry BROCUS, avec lequel elle aura un fils, Antoine, le 2 mai 1694. Henry n’aura pas le temps de connaitre le petit Antoine, car il décède quelque temps avant sa naissance. Veuve très jeune et avec un nourrisson à charge, Jeanne se marie immédiatement avec François GRONDIN, arrivé sur l’île en 1676 à la suite du massacre de Fort-Dauphin. Antoine Boucher dira à propos de François GRONDIN:

« Il a beaucoup de probité, sage, point ivrogne, son seul vice est le jeu qu’il aime passionnément, au surplus fort laborieux, prend grand soin de sa famille. Il élève bien ses enfants, leur donne de bonnes éducations, leur apprend à lire, ce qui, à l’époque, était signe certain d’une éducation hors du commun… ; il a été jugé capable de posséder la charge de fabrique de l’église de St Denis. Il vit fort à son aise, mais il a peu d’argent comptant, cela peut aller au plus à 2 ou 300 écus, il cultive autant bien ses terres, que ses forces lui permettent, il en a plus qu’il n’en peut cultiver, mais l’on ne peut douter, que sitôt qu’il aura des noirs, qu’il la cultivera dans son entier. Il élève ses bestiaux au lieu même de sa résidence lesquels consistent à peu près à 80 boeufs, 30 cabris, 20 moutons, 10 cochons, 4 chevaux. Il fait une partie de sa récolte à Ste Suzanne, et l’autre au Butor »

Le couple aura 14 enfants, dont François GRONDIN, ancêtre à la 8ème génération de Belle-Maman.

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Jeanne décède le 3 juillet 1729 à Sainte-Suzanne, à l’âge de 52 ans, très probablement comme de nombreux réunionnais à cette période des suites de la vérette.

Quartier Sainte-Suzanne, A. Roussin, 1860 (source: IHOI)

Geneviève DALLEAU

Geneviève DALLEAU est née le 12 avril 1680 à Saint-Paul. Son père est Julien DALLEAU dit La Rose, armurier pour la Compagnie des Indes originaire de la Sarthe, et sa mère est Domingue DES ROSAIRES, indo-portuguaise venue par Le Rossignol. Geneviève se marie à l’âge d’à peine 11 ans avec François NATIVEL, un créole de 17 ans. Ensemble, le couple aura 7 enfants, dont Agathe, l’ancêtre de Belle-Maman à la 9ème génération – et femme de notre flibustier, Jacques PITOU. Antoine Boucher décrit Geneviève DALLEAU de la façon suivante :

«  Très bonne lingère qui ne manque point d’esprit et qui a eu d’assez bonnes éducations mais qui avec cela est d’une très mauvaise conduite sans que son mari en soit informé »

François NATIVEL décède en 1706, et Geneviève DALLEAU se marie quelques mois plus tard avec Henri MOLLET, avec lequel elle aura 6 autres enfants.

Acte de décès de Geneviève DALLEAU du 3 juillet 1729 à Saint-Paul (source: ANOM)

Geneviève décède à Saint-Paul de suite de maladie le 3 juillet 1729 – le même jour que Jeanne ARNOULD. Son mari François MOLLET la suivra dans la tombe, ainsi que deux de ses enfants, Mathieu et Louise, nés de son premier mariage avec François NATIVEL.

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Famille PAYET

Il y a aussi une autre famille, collatérale cette fois-ci, qui va être durement touchée par l’épidémie de 1729. Il s’agit de la famille PAYET, et plus précisément des enfants et petits enfants de Louise SIARANNE, ancêtre de Belle-Maman à la 11ème génération, et de son second époux, Antoine PAYET . Sur les 89 descendants du couple (sur deux génération, soit enfants et petits enfants) supposés en vie en 1729, 21 vont décéder de la maladie.

Pour plus de lisibilité, je n’ai fait apparaitre que les petits enfants décédés. Les individus décédés en 1729 parmi les 11 enfants du couple sont en rouge.

D’autres épidémies toucheront l’île, comme le choléra en 1820, la variole en 1850 puis en 1859, le paludisme en 1868, la dengue en 1873, la peste en 1900 et surtout la grippe espagnole en 1919, qui fera entre 7000 et 20 000 morts à la Réunion.

Sources:
- La vie quotidienne des colons de l'île Bourbon à la fin du règne de Louis XIV, Jean Barassin
- Maladie et santé aux Mascareignes: une histoire aux prises avec l'idéologie, Hubert Gerbeau
- La population réunionnaise: analyse démographique, Frédéric Sandron

#ChallengeAZ : U comme Utile

Aujourd’hui, je ne vais pas vous raconter l’histoire d’un ancêtre ou d’une branche de Belle-Maman, mais plutôt les coulisses de mes recherches. Cet article ne visera pas à faire un guide détaillé des recherches à la Réunion (et je n’en ai pas la prétention), mais à reprendre les sites qui m’ont été utiles et pourquoi pas donner des pistes à ceux qui entreprendraient des recherches sur l’île. Je vous présente donc ma boite à outils !

NB: je vis à Paris, et toutes mes recherches ont été fait à distance; je vous parlerais donc majoritairement des ressources en ligne.

Les Archives

Le sites des Archives Nationales d’Outre-Mer (ANOM)

Tout d’abord, quelque soit la région dont sont originaires nos ancêtres, la recherche des actes de naissance, de mariage et de décès ne peut se faire sans passer par les Archives avec un grand A. Ces recherches peuvent se faire aujourd’hui en ligne comme elles peuvent se faire « physiquement », en se rendant sur place. Pour la Réunion, ce ne sont pas sur le site des Archives Départementales qu’il faut se rendre mais sur le site des Archives Nationales d’Outre Mer (ANOM), dont le site – physique – , si vous souhaitez vous y déplacer, est situé à Aix-en-Provence. C’est ici que vous mènerez la majorité de vos recherches. En effet, vous trouverez les différents actes (en ligne sur leur site internet jusqu’en 1907), des tables annuelles mais également des actes d’affranchissements (ces registres ne couvrent pas toutes les années et parfois vous ne trouverez pas ce que vous cherchez). De plus, les registres matricules sont en ligne et sont indexés sur une période couvrant une trentaine d’année. Enfin, d’autres ressources existent et peuvent être également exploitées dans le cadre de recherches généalogiques (registre des bagnards, base géographique et iconographique…)

Page d’accueil de recherche dans l’Etat Civil du site internet des ANOM

Concernant les actes d’état-civil, les recherches ne seront pas aisées et il vous faudra être patient: la recherche dans les tables annuelles peut être fastidieuse (noms modifiés, ou alors c’est le prénom qui arrive en premier dans les tables annuelles..), et si vous avez des ancêtres qui étaient esclaves, cela se corse sérieusement pour tenter de retrouver leur naissance (registres inexistants selon les années, date de naissance qui peut ne pas correspondre à l’âge estimé et surtout avec un prénom donné, difficile d’affirmer avec certitude qu’il s’agit bien de l’individu recherché….)

L’avantage avec ce type de recherche, c’est que si l’on s’accroche, que l’on est organisé et que l’on revient régulièrement sur notre travail, on peut tout de même avec un peu de détermination et de passion trouver des petits indices ici et là.

Le site des Archives Départementales (974)

Les Archives Départementales Sudel Fuma de Saint-Denis (ADR ou AD974) ont également leur propre site internet. Vous y trouverez des archives complémentaires à celles des ANOM, qui vous permettont d’approfondir vos recherches:

  • L’état-civil, avec des registres complémentaires à ceux des ANOM, contenant très souvent les actes concernant les esclaves (qui vous vaudra de nombreux aller et retour entre le site des ANOM et des AD974…).
  • Recensements de la population (1708-1779): une source non négligeable, qui selon les communes et les époques indiquera précisément ce que possédait votre ancêtre (ou alors où se trouvait éventuellement votre ancêtre esclave). En revanche, je trouve cela regrettable que les feuillets de recensement de 1800 à 1848 ne soient pas en ligne…
  • Registres d’affranchissement: certainement la ressource qui vous sera la plus utile si vous avez des ancêtres issus de l’esclavage. Pour Saint-Benoit, un index ainsi que les demandes d’affranchissement, évoquée dans un précédent article, sont particulièrement utiles.
  • Hypothèques (1830-1955), pour commencer une recherche sur les biens que possédait votre ancêtre et qui devra se finir aux Archives Départementales (seules les registres nominatifs et les tables ont été numérisés).
  • Engagisme et immigration, avec des ressources liées à ces thématiques et qui feront l’objet d’un prochain article de ce challenge.
  • Registres matricules militaires (1919-1921), qui couvre une courte période, plus récente que celle proposée par les ANOM qui va jusqu’en 1917.

En plus de toutes ces sources évoquées, vous trouverez également des photographies anciennes et des éléments liés à la Grande guerre. Enfin, et pour ceux qui peuvent se déplacer à Saint-Denis, les inventaires sont en ligne sur le site internet et permettent de préparer en amont ses recherches aux archives.

Iledelareunion-Archive

Comme indiqué sur la première page du site internet, Iledelareunion-Archive n’a pas de lien avec les archives départementale. Il reste cependant un site incontournable pour quiconque fera des recherches généalogiques à la Réunion. Il s’agit de dépouillements des actes de l’état civil proposés gratuitement par une quarantaine de bénévoles forts sympathiques. Ce site est extrêmement riche (plus d’1 230 000 actes dépouillés au moment où j’écris mon article) et peut être utile lorsque vous perdez la trace d’un individu. Après avoir séléctionné un secteur, il vous faut indiquer un nom et un type d’acte recherché. Si des dépouillements ont été fait, vous trouverez alors la liste avec les dates des actes, et parfois d’autres informations tel que le nom des parents, le lieu d’habitation etc. Vous pourrez ensuite demander l’acte ou tout simplement faire la recherche vous même pour retrouver l’acte sur les ANOM quand cela est possible – des dépouillements ont été fait pour les actes après 1907.


Même si le moteur de recherche n’est, à mon sens, pas très pratique, il s’agit là d’une ressource non négligeable pour qui voudra faire ses recherches à la Réunion.

Les Archives Nationales, site de Paris (CARAN)

Cette fois ci, il ne s’agit pas de ressources en ligne mais d’un petit déplacement aux Archives Nationales, à Paris, dans le IVe arrondissement. Je m’adresse à vous parisiens dont les ancêtres ont vécu à la Réunion: saviez-vous que le dernier étage des Archives Nationales disposait de microfilms contenant les actes notariés réunionnais (tout comme à Aix en Provence au ANOM)? Après une recherche dans l’inventaire qui est disponible sur place – à mon grand regret car il n’est pas facile de préparer sa visite en amont – et avoir visé un notaire en particulier, vous aurez accès en libre service aux différentes bobines. Comme dans toutes les archives notariales, les recherches peuvent être fastidieuses (surtout si comme moi vous faites défiler les actes dans l’espoir de trouver un nom connu !), mais elles nous permettent d’aller plus loin dans nos recherches surtout lorsqu’on ne vit pas sur l’île et que l’on ne peut se rendre aux Archives Départementales de Saint-Denis.

Visite aux Archives Nationales en mars 2019

Mes incontournables

En dehors des archives, d’autres ressources très utiles m’ont aidé à mieux connaitre l’île et à resituer les ancêtres de Belle-Maman dans un contexte historique, afin de mieux comprendre leur vie.

La première, pour les ancêtres issus de l’esclavage, est sans doute le formidable travail de dépouillement des recensements réalisé par Gilles Gérard et la reconstitution des familles esclaves qui en a découlé. Toutes ces recherches sont sur le site famille-esclave, avec des tableaux où vous trouverez très certainement la trace de vos ancêtres si ils ont été affranchis en 1848.

Pour la lecture, et parce que ce livre est un incontournable pour savoir qui étaient les premiers habitants de l’île, je vous recommande fortement L’épopée des 500 premiers Réunionnais de Bernard Monge, dont les quinze premières pages sont disponibles sur Gallica (et pour ceux qui souhaiteraient poursuivre la lecture, il se trouve en e-book pour moins de 10€). Vous trouverez sans aucun doute vos ancêtres primo-arrivants, avec des détails qui font ce pourquoi on aime la généalogie.

Un autre site, dont je reconnais m’être peu servi car je disposais d’autres sources mais qui est assez intéressant, est Racine des Mascareignes, qui permet de retrouver les primo-arrivants de l’île.

Pour aller plus loin

D’autres sites, très riches, m’ont également permis de mieux comprendre l’histoire de l’île.

Pour l’histoire…

  • Robert Bousquet, sur son site internet, propose gratuitement le résultat de ses recherches, condensées dans des textes très intéressants. L’accès à ces textes se trouvent dans le menu de gauche de la page du site.
  • Voici un site pas toujours sourcé mais que j’affectionne car très complet : mi-aime-a-ou. Il mérite le coup d’oeil rien que pour l’histoire de l’île.
  • Parmi mes lectures, il y en a une qui m’a été très utile pour mieux comprendre le quotidien et le fonctionnement familial des esclaves. Il s’agit de la thèse La famille esclave de Gilles Gérard, déjà cité pour son site internet famille-esclave.
  • Toujours du côté des lectures et pour s’imprégner complètement de l’histoire de l’île, je ne peux faire cet article sans citer les grands historiens réunionnais: Sudel Fuma, Prosper Eve, Claude Wanquet, Yvan Combeau… C’est à travers leurs nombreuses publications – beaucoup étant en ligne – que j’ai pu découvrir l’île.

Pour l’iconographie…

  • C’est finalement assez tard dans mes recherches que j’ai découvert l’Iconothèque Historique de l’Océan Indien (IHOI). Le site dispose de milliers d’images que vous ne trouverez nul part ailleurs sur le net, et qui vont vous permettre de visualiser un peu mieux à quoi ressembler l’île et ses habitants au XIXe et début de XXe siècle.
  • Impossible de ne pas évoquer ici l’incontournable Gallica. Si ce n’est pas les images qui seront le plus appréciées ici, ce sera surtout pour les cartes anciennes qu’il faudra se rendre inévitablement sur le site.

Carte – très – ancienne de l’île Bourbon (source: Gallica)

Voici donc ma petite boite à outils pour mes recherches généalogiques à la Réunion, ces sites et ces ressources utiles que je consulte très régulièrement. N’hésitez pas à partager les votres en commentaire !

#ChallengeAZ : T comme Transmission

Comme vous avez pu vous en rendre compte depuis le début de ce challenge, les recherches généalogiques à la Réunion ne sont pas de tout repos, d’autant plus lorsqu’il s’agit de reconstituer les familles que la traite négrière et l’esclavage a décimé.

Aujourd’hui nous allons reprendre une recherche qui m’a menée à bien des surprises. Elle m’a aussi permis la découverte de nouvelles sources. Il s’agit de mes recherches concernant la famille JEANNIN (également orthographié JANIN ou JEANIN). Cette branche, dont le nom disparait de l’arbre généalogique avec le mariage des grands-parents paternels de Belle-Maman, prend probablement ses origines quelque part sur le continent Africain. Voilà ce que j’en savais: contrairement à la plupart des branches de familles esclaves qui composent l’arbre de Belle-Maman, Maisoncourt (1833-1979), arrière-arrière grand-père de Belle-Maman, a été affranchi en 1834 avec sa mère – soit 14 ans avant l’abolition de l’esclavage en 1848. Les tantes et les cousins-cousines de Maisoncourt ont également été affranchis à cette même période, quelques mois auparavant.

Petite mise en garde avant d’étudier cette branche sur le nom de famille JEANNIN: contrairement à certains noms de l’ascendance de Belle-Maman, le nom JEANNIN a été donné à plusieurs affranchis. C’est d’ailleurs un nom assez répandu en métropole. Si vous rencontrez un Jeannin/Janin à la Réunion, il ne s’agit pas forcément d’un cousin de Belle-Maman !

Registre d’affranchissement de Saint-Benoit, le 26 avril 1834, vue 18, ANOM

Registre d’affranchissement de Saint-Benoit, le 18 juillet 1834, vue 18, ANOM

Ce sont donc 11 membres de la famille qui sont affranchis et qui deviennent libres entre le 26 avril et le 18 juillet 1834. Ils sont tous créoles, c’est à dire nés sur l’île. Les liens familiaux ainsi que les âges permettent de se faire une idée de cette constellation familiale.

Reconstitution de la famille JEANNIN à partir des informations présentes sur les actes d’affranchissement de 1834

D’autres actes vont nous permettre de compléter l’arbre, et de supposer le prénom de la mère des trois soeurs, Jeanne, Zélonie et Marie Modeste. Il s’agit de Gertrude, mentionnée dans l’acte de décès de Zélonie JEANNIN, le 4 février 1870 à Saint-Benoit.

Acte de décès de Zélonie JEANNIN du 14 février 1870 à Saint-Benoit, vue 11 (source: ANOM)

De plus, la présence d’un certain Bernard JEANNIN à différents évènements familiaux et le lien familial mentionné dans les actes nous permettent d’affirmer qu’il est l’enfant aîné de Marie Modeste, la cadette de notre précédent schéma. Pourquoi Bernard n’a pas lui aussi été affranchi en 1834 comme le reste de sa famille? Peut-être l’était il déjà ou avait-il été racheté par un autre propriétaire? Né vers 1825, il était alors âgé d’environ 9 ans.

Famille JEANNIN complétée

Mais revenons à nos actes d’affranchissement (ou plutôt à la publication des arrêtés dans les registres de l’état civil de Saint-Benoit en 1834). Le premier affranchissement indique que tous sont esclaves de la succession de feu Jean Marie. Le second affranchissement indique qu’Orélie et son fils Maisoncourt sont esclaves d’un certain Brunet.

Les recherches que j’ai effectuée sur les propriétaires en vue de ce challenge vont me permettre d’aller plus loin dans la filiation de Jeanne JEANNIN. Après une rapide interrogation dans Généanet sur ce Jean Marie, je tombe sur un arbre dont les dates pourraient correspondre au Jean Marie que je recherche. Affranchis avant 1786, il décède le 30 avril 1833 à Saint-Benoit (souvenez vous, il est mentionné dans l’acte d’affranchissement qu’il s’agit de la « succession de feu Jean Marie »). Un échange intéressant avec la propriétaire de l’arbre en ligne va me permettre de découvrir les registres d’affranchissement de Saint-Benoit. Véritable mine d’or, ces registres – les seuls à avoir été conservés parmi toutes les communes de l’île – consignent les demandes d’affranchissements entre 1833 et 1848. Ces demandes permettent d’en savoir plus sur les esclaves: leur caste, leur situation (profession, âge, parfois précision sur leur lieu de vie), mais aussi sur la nature de la demande.

C’est en retrouvant les demandes concernant Jeanne et les siens que tout va s’éclairer: Alexis BRUNET, légataire universel de Jean Marie, homme libre, va affranchir la famille de ce dernier, et plus particulièrement ses trois filles encore vivantes, Jeanne, Zélonie et Marie Modeste, ainsi que ses petits-enfants – dont les trois enfants de sa fille Sidonie décédée. Chacune des soeurs va recevoir des terres pour subvenir à leurs besoins. Marie Modeste va quant à elle prendre en charge ses neveux orphelins, Roselmy et Louis, et sa nièce, Joséphine.

Pourquoi Alexis BRUNET a t-il demandé l’affranchissement de la famille de Jean Marie? Peut-être celui ci lui en avait formulé la demande? Ou peut-être l’a t-il fait pour celui qui devait être un ami pour lui?

Malheureusement, alors que j’avais de nombreuses pistes à explorer pour étoffer et finaliser cet article (compte tenu du nombre de questions posées par ces découvertes), la fermeture des Archives de Paris et la crise sanitaire ne m’ont pas permis de faire mes recherches dans les microfilms des actes notariés et d’éventuels recensements. Mais j’espère pouvoir mener à bien ces recherches lorsque tout cela sera derrière nous, et en savoir plus sur la branche JEANNIN !

Descendance de Gertrude sur 5 générations (cliquer pour agrandir)

#ChallengeAZ : S comme Surate

Les premiers temps de la colonisation de Bourbon ont été marqués par un obstacle qui n’est pas des moindres lorsque l’on veut peupler une île: le manque de femmes. En effet, le débarquement successif des différents navires dans les années 1660 va davantage fournir l’île en hommes. Ce sont pour la plupart des colons ayant fuit le Royaume ou alors l’île de Madagascar à 900km de là. Quelques familles parviennent tout de même à se former, mais le gouverneur de l’île, Etienne REGNAULT, doit se rendre à l’évidence: Bourbon manque cruellement de femmes.

Portrait en buste d’une jeune femme (île de la Réunion), Maydell Legras 1870-1890 (source: IHOI)

Le 22 février 1667, cinq femmes venues de France débarquent à Bourbon avec l’escadre de Montdevergue. Toutes vont se marier aux colons déjà sur place et commencer le peuplement de l’île. Mais cela n’est pas suffisant. Le Royaume en est averti et le Roi envoie des instructions en 1673 afin de peupler l’île: Louis XIV souhaite dépecher seize jeunes filles envoyées par le directeur de l’hôpital de Paris. Pourquoi ont-elles été choisies? Mystère. Quoiqu’il en soit, elles embarquent sur La Dunkerquoise et quittent La Rochelle en mars 1673. Mais le voyage ne vas pas se passer comme prévu. Alors qu’elles étaient promises aux colons de l’île Bourbon où elles devaient assurer le peuplement, le navire va faire de nombreux arrêts avant d’atteindre son objectif et les jeunes filles vont faire l’objets de nombreuses convoitises. Le capitaine de la flotte, De Beauregard, un homme peu scrupuleux et cupide, sera en réalité plus intéressé par les bénéfices qu’il pourra tirer de la marchandise transportée par son navire ! Après dix mois de traversée, La Dunkerquoise, qui n’est toujours pas parvenue à Bourbon, débarque le 14 janvier 1674 à Fort-Dauphin. Après un mois sur place et le naufrage de La Dunkerquoise lors d’une terrible tempête, six des jeunes filles demandent à être mariées à des habitants de Fort-Dauphin. La suite, vous la connaissez: c’est lors de ce mariage collectif qu’un vrai massacre va avoir lieu.

Carte de l’ance Dauphine de l’isle de Madagascar, Bellin, 1764 (source: IHOI)

Le Blanc Pignon va embarquer les survivants du massacres, dont les jeunes filles destinées aux hommes de Bourbon (il semblerait que 13 d’entre elles aient survécu). Le voyage va être très long avec de nombreux arrêts sur les côtes du Mozambique. C’est là que certaines de ces jeunes filles vont se marier. Au final, après la dernière escale à Surate, comptoir français situé en Inde, seulement deux d’entre elles atteindront l’île Bourbon à bord du Saint-Robert avec les autres rescapés.

Compte tenu de son objectif premier qui était celui de rallier Bourbon pour y débarquer des femmes venues de France, l’expédition de la Dunkerquoise est un échec.

Surate, en Inde (source: Gallica)

C’est dans ce contexte qu’une nouvelle expédition de vaisseaux – avec à leurs bords des femmes – pour peupler Bourbon est envisagé. Parti depuis Surate le 7 octobre 1678, Le Rossignol compte parmi ses passagers 14 femmes indo-portuguaises, très certainement choisies sur des critères bien précis pour être mariées aux colons de l’île et pour leur donner des enfants. Parmi elles, deux ancêtres de Belle-Maman.

Indienne, Sonnerat, estampe vers 1774 et 1781 (source: IHOI)

Pour rappel, arbre de la branche des primo-arrivants à partir de Zozime BOYER, avec en rouge les ancêtres arrivées sur le Rossignol (cliquer pour agrandir)

Geneviève Laurence MILA

Geneviève Laurence, indo-portuguaise, a seulement 18 ans lorsqu’elle embarque à bord du Rossignol. Difficile – voir impossible – de retracer les origines de Geneviève. Nous savons qu’elle est née en Inde, mais qui sont ses parents? Arrivée à Bourbon, elle épouse Guillaume BOYER dit La Fleur, rescapé du massacre de Fort-Dauphin. Ensemble le couple aura 3 enfants: Nicolas, l’aîné et ancêtre de Belle-Maman à la 8ème génération, Pierre et Jean. Son mari Guillaume décède en 1690 et Geneviève se marie la même année avec François DUHAMEL, un ancien soldat de la Compagnie des Indes, originaire de Normandie et également rescapé du massacre de Fort-Dauphin. Ensemble ils s’installent sur les bords de la Rivière Sainte-Suzanne où, en 1708, ils possèdent plusieurs terres où ils cultivent majoritairement le riz et le mil. Leur habitation compte 30 boeufs, 20 cochons, 3 chevaux et des volailles. Ils possèdent également un esclave, Jacques, cafre de 34 ans. Geneviève décède à Sainte-Suzanne le 11 juin 1733, à l’âge de 73 ans. Antoine Boucher dira d’elle:

« femme d’une humeur aigre, peu facile, comme le sont presque toutes les indiennes »

En tant que mère des BOYER et avec 35 petits-enfants, Geneviève MILA est l’ancêtre de nombreux réunionnais (et elle totalise à elle seule plus de 1100 résultats sur geneanet !)

Domingue des ROSAIRES

Indienne, photographie de Pierre Suau, 1901 (source: IHOI)

Domingue embarque elle aussi sur Le Rossignol ce 7 octobre 1678. Indienne originaire de Daman, tout près de Surate, elle a environ 17 ans lorsqu’elle arrive à Bourbon. Sa soeur Françoise fait également partie du voyage. Un an plus tard, elle épouse Julien DALLEAU dit La Rose, Sarthois de 31 ans arrivé sur l’île par la flotte de La Haye en 1671, en tant qu’armurier (et plus précisément arquebusier) au service de la Compagnie des Indes. Ensemble, ils ont au moins 2 enfants (ou 5 selon les sources), dont Geneviève DALLEAU, ancêtre de Belle-Maman à la 10ème génération. Certains tendent à dire qu’elle serait décédée en 1688, tandis que d’autres la prétendent encore en vie en 1706.

Source:
- Histoire de l'île Bourbon depuis 1643 jusqu'au 20 décembre 1848, par M. Georges Azéma

#ChallengeAZ : R comme Réformés

Après des années de mauvais traitements et de travail harassant, les esclaves, puis les esclaves affranchis, vont voir leur santé nettement dégradée: maladies, insuffisance physique, espérance de vie réduite..

En étudiant les fiches matricules des ancêtres et collatéraux de Belle-Maman, j’ai remarqué qu’il y a eu de nombreux hommes réformés, dont les grands-parents (voir les parents) sont né esclaves. Très peu finalement parmi eux auront fait leur service militaire, et je pense que cette santé fragile n’est pas sans lien avec leur histoire familiale.

Saint-Denis – Portrait de groupe devant la Caserne d’Infanterie de Marine, 1880-1910 (source: IHOI)

La famille CARDIA

Chez les CARDIA, ce sont plusieurs hommes qui ont été réformés au moment du service militaire.

  • Joseph CARDIA (1874-1917), cousin du grand-père de Belle-Maman, déjà évoqué lors de ce challenge: reformé pour  » Infirmité provenant de maladie (fracture ancienne de la tempe gauche avec enfoncement considérable et sequestres ayant nécessité récemment une trépanation étendue et déterminant des vertiges et de la céphalalgie)« . A comprendre que pour cette fracture de la tempe gauche, on lui a fait un trou dans la boite crânienne (la trépanation) et que depuis il a des vertiges et des maux de tête…

Trépanation « The wound after the operation [of the Trepan] », Charles Bell, vers 1821 (source: banque d’images de la BIU Santé)

  • Pierre Léo CARDIA (1888), grand-père de Belle-Maman, exempté de service militaire (la cause n’est pas précisée, mais cela pourrait être pour des raisons de santé). Il est définitivement réformé en 1916 pour bronchite chronique.
  • Joseph CARDIA (1894-1927), grand-oncle de Belle-Maman, frère de Pierre Léo CARDIA ci-dessus. Il est exempté de service militaire pour « sommets suspects » (le terme « sommet » peut renvoyer en anatomie aux sommets des poumons). Il sera réformé 3 ans plus tard pour insuffisance physique et hépatomégalie, c’est-à-dire pour hypertrophie du foie.

Planche 29 – Ponctions de l’hydropéricarde, de l’ascite, et des abcès du foie – Traité complet de l’anatomie de l’homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard (source: banque d’image de la BIU Santé)

La famille JEANNIN

  • Hilaire JEANNIN (1895), grand oncle de Belle-Maman, frère de sa grand-mère Marie Adrienne JEANNIN, réformé à plusieurs reprises pour « insuffisance physique », atrophie partielle de la cuisse droite et épilepsie.
  • Auguste JEANNIN, (1885) cousin de Marie Adrienne JEANNIN, réformé pour faiblesse de constitution et pour « orchite chronique gauche » (autrement dit pour inflammation du testicule gauche par infection !)

La Famille TERMA

  • Albert TERMA (1872), oncle de Scholastique PERAL grand-mère de Belle-Maman, réformé pour une éléphantiasis à la jambe gauche, c’est à dire un lymphoedème impressionnant qui augmente considérablement la taille d’un membre ou d’une partie du corps (c’est cette même maladie dont il est question dans le film Elephant Man de David Lynch). Cette maladie n’était pas complètement rare à la Réunion, et en 1870, sur les 371 hommes soumis au conseil de révision, 33 étaient reconnus porteurs de tumeurs lymphatiques à l’origine de l’éléphantiasis.

Pondichéry, un cas d’éléphantiasis, entre 1900 et 1920 (source: IHOI)

  • Alibert TERMA (1871), frère d’Albert ci-dessus, qui, malgré sa participation à la guerre de Madagascar, sera réformé pour « faiblesse générale » et « insuffisance physique ».
Source:
- Historique de la filariose lymphatique à l'île de la Réunion par Brygoo et Brunhes

#ChallengeAZ : Q comme Quai La Rose

Estampe de Roussin, 1847 (source: IHOI)

Si l’ensemble de l’ascendance de Belle-Maman est originaire de Saint-Benoit, il existe une exception avec la branche GRAVINA, dont les racines prennent à Sainte-Rose.

En jaune, la localisation de Sainte-Rose sur cette carte ancienne de l’île Bourbon

Sainte-Rose est une commune créée en 1790, limitrophe à Saint-Benoit et bordée au Sud-Ouest par le volcan du Piton de la Fournaise. Elle est cependant colonisée dès 1671 suite à l’accostage de la Flotte de la Haye et de l’installation de certains de ses navigants. Les premières concessions seront quant à elles accordées par la Compagnie des Indes en 1727 et pérenniseront l’installation des colons dans ce coin de l’île. Le Quai la Rose, dénomination du quartier de Sainte-Rose au XVIIIe siècle, sera alors rattaché à Saint-Benoit et sa paroisse, jusqu’à la création de l’église de Sainte-Rose en 1789, puis de la commune – en 1790 donc.

Quartier Sainte-Rose, A. Roussin, vers 1860 (source: IHOI)

C’est donc à Sainte Rose que prend racine une branche – ou plutôt deux – de l’arbre de Belle-Maman. Deux noms à retenir: GRAVINA et MARGUERITE.

Arbre de Belle-Maman sur 8 génération, avec les deux branches originaires de Sainte-Rose en bleu

GRAVINA

Le premier nom, GRAVINA, est celui d’un esclave affranchi le 2 mai 1834. Il s’agit de Joseph, créole âgé alors de 36 ans, l’arrière-arrière-arrière grand-père de Belle-Maman, affranchi par Gabrielle PAYET. Je n’ai aujourd’hui toujours pas identifié les parents de Joseph.

Extrait de l’arrêté d’affranchissement de Joseph GRAVINA transcrit dans le registre d’Etat Civil de Sainte-Rose le 2 mai 1834 (source: ANOM)

Joseph va épouser à Sainte-Rose Marie Adeline BOYER le 8 aout 1843, une femme libre de couleur de 34 ans – l’appellation « libre de couleur » nous donneun indice quant à sa condition ou celle de sa mère, comme nous le verrons plus tard. Durant leur mariage, le couple va légitimer 7 enfants nés à partir de 1831. Une autre naissance – la dernière – aura lieu en 1849: il s’agit de Dauphine, arrière-arrière grand-mère de Belle-Maman.

Avant son affranchissement, Joseph avait semble t-il eu une relation avec une certaine Lisette EGESIPPA, affranchie en 1848, dont sont nés 4 enfants. Joseph les reconnaitra tous les quatre, le 23 décembre 1854. A la Réunion, tous les individus portant le nom de GRAVINA sont des descendants de Joseph, car il est le premier à avoir reçu ce nom sur l’île.

Descendance de Joseph GRAVINA (cliquer pour agrandir)

Le couple va rester plusieurs années sur Sainte-Rose, à la Rivière de l’Est, avant de s’installer à Salazie puis à Saint-Benoit où Joseph décède en 1868. Marie Adeline, à la suite du décès de son mari, va rejoindre certains de ses enfants à Sainte-Rose. Elle y décèdera 10 ans plus tard, en 1878.

Environs de la Rivière de l’Est, aquarelle de Jean Joseph Patu de Rosemont vers 1810 (source: IHOI)

MARGUERITE

La deuxième branche originaire de Sainte-Rose concerne justement l’ascendance de Marie Adeline BOYER, l’épouse de Joseph GRAVINA. Elle naît le 10 janvier 1809 à Sainte-Rose, de l’union de Zozime BOYER et de Anne Marguerite. Du côté de son père, Zozime, les recherches sont facilitées. En effet, c’est par cette unique branche que l’on arrive aux ancêtres primo-arrivant sur l’île de Belle-Maman – ceux que j’ai évoqué durant plusieurs articles et grâce auxquels ma belle-famille cousine avec 90% des réunionnais !

Ascendance de Zozime BOYER (cliquer pour agrandir)

En revanche, cela se complique du côté de sa mère Anne Marguerite. En effet, Anne Marguerite – ou Anne Esthor MARGUERITE selon les actes – n’est pas née libre: elle a été affranchie en 1798 par Jean KERAUTRET.

Zozime et Anne étaient déjà un couple non mariés bien avant l’affranchissement de cette dernière. En effet, lors de leur mariage rendu possible par la loi du 24 avril 1833 (qui permet le mariage entre blancs et affranchis) en 1835 à Sainte-Rose, ils légitiment 10 enfants nés entre 1792 et 1814. Et les deux mariés ne sont plus tout jeunes: Anne et Zozime ont tous deux 71 ans !

Plan comportant les noms des héritiers des concessions de Sainte-Rose « Plan terrier de la paroisse de Sainte-Rose », 1815 (source: ANOM)