Mais qui sont les parents de François POURTEYRON et Marie JOUBERT?

Pour élaborer mon arbre sur 8 générations dans le cadre de mon bilan généalogique de janvier dernier, je suis partie à la recherche des actes de naissance qui me manquaient, afin de connaître tous les départements de naissance de mes ancêtres.

Retour en Dordogne pour cet article !

Je n’avais rien concernant François POURTEYRON et Marie JOUBERT, parents supposés de Marie POURTEYRON (1790-1858). J’avais probablement renseigné leur nom pour la première fois à partir de l’acte de mariage de Marie POURTEYRON et de Pierre ROCHON du 14 février 1811 à Saint-Privat-des-Prés (24). A part leurs noms et prénoms, je ne disposait d’aucune autre information les concernant, l’acte de mariage de leur fille ne donnant pas davantage de renseignements.

Acte de mariage de Pierre ROCHON et Marie POURTERYON à Saint-Antoine-Cumond (24), le 14 février 1811 (source: AD24)

« & Marie Pourteyron agée de vingt ans fille naturelle
& légitime de François Pourteyron & de Marie Joubert, demeurant
au village de l’Emarie aussi présente commune. »

C’est donc tout naturellement que je partais sur les traces de François POURTEYRON et de Marie JOUBERT pour étoffer mon arbre et ajouter leur ascendance respective. Pour cela, il me fallait commencer par l’acte de naissance Marie POURTEYRON, née et baptisée le 20 avril 1790 à Saint-Antoine-Cumond (24).

Acte de naissance de Marie POURTEYRON

« 20 avril 1790 est née au renard presante paroisse
marie pourteiron fille naturelle et legitime de françois
pourteyron, et de marie jaubert coinjoints, à été parein
barthelemi jaubert, mareine marie lautrette, present jen
sibeaud qui na signé pour ne savoir. fournier curé de
cumond »

Je n’obtiens pas plus de renseignements sur les parents – ni âge ni profession – avec cet acte et m’attelle à chercher leur mariage. Mais avant de partir à l’aveuglette et parcourir les registres à la recherche de l’acte de mariage des parents de Marie, j’interroge Geneanet et Filae.

Premier constat: peu de résultats avec des dates et des lieux sur geneanet. Cependant, les parents de François POURTEYRON et de Marie JOUBERT sont renseignés sur un arbre en ligne et le lien de parenté est fait avec Marie POURTEYRON, indiquée comme étant la fille du couple. Les dates de décès sont renseignées et sourcées, aussi je pars vérifier l’information afin de l’ajouter à mon arbre. Voici donc les informations de l’arbre en ligne que j’ai pris le soin de vérifier:

  • François POURTEYRON est décédé le 28 janvier 1822 au village de Leymarie, commune de Saint-Privat-des-Prés. François a 72 ans au moment de son décès. Ses parents ne sont pas mentionnés et l’acte indique qu’il est l’époux de Philippe JOUBERT – du prénom de Marie nous passons à celui Philippe: pourquoi pas, ça ne serait pas la première fois qu’un prénom se voit être modifié dans un acte ! En revanche, un certain Pierre ROCHON, son gendre, déclare le décès. L’âge de Pierre correspond à celui de mon Pierre ROCHON, époux de Marie POURTEYRON. Pas de doute, il s’agit bien de mon François, le père de Marie. Pierre ROCHON ne sachant pas signer, je ne peux pas conforter mon hypothèse avec les signatures, mais cela me semble déjà bien suffisant.

Acte de décès de François POURTEYRON le 28 janvier 1822 à Saint-Privat-des-Prés (24)

  • Marie JOUBERT est décédée le 15 novembre 1831 au Fouilloux, village de Saint-Privat-des-Prés. Sur l’acte il s’agit bien de « Philippe JOUBERT », 80 ans, veuve de François POURTEYRON. Elle est dite native de lieu et de père et mère « qu’on ignore », mais à nouveau, Pierre ROCHON son gendre, déclare le décès. Là aussi, tout correspond, et je crois tenir là l’acte de décès de Marie Philippe JOUBERT, mère de Marie POURTEYRON.

Acte de décès de Philippe JOUBERT le 15 novembre 1831 à Saint-Privat-des-Prés

L’arbre en ligne sur geneanet qui m’a permis cette avancée est assez complet, et il est probable que le propriétaire de celui-ci soit arrivé jusqu’aux parents de nos deux protagonistes grâce, par exemple, aux collatéreaux. Cependant, il n’y a pas de date concernant leur mariage et c’est exactement ce qui me manque pour confirmer les différents liens de parentés et l’ascendance des époux POURTEYRON-JOUBERT.

L’arbre en ligne assez complet dont il est question.

Ne sachant toujours pas dans quelle commune chercher l’acte de mariage, je poursuis mes recherches sur geneanet – Filae ne donne pas grand-chose, les registres paroissiaux de la Dordogne n’ayant pas encore été indexés au moment de mes recherches. Un second arbre en ligne m’indique la date du mariage de François POURTEYRON et de Catherine JOUBERT. Les parents sont les mêmes que ceux renseignés dans le premiers arbre en ligne. Je pars à la recherche de l’acte, en date du 11 janvier 1785 à Saint-Privat. Certes, il ne s’agit pas ici du prénom Marie mais celui de Catherine. Elle s’appelle Philippe au moment de son décès, alors pourquoi pas? Il pourrait bien s’agir des parents de Marie POURTEYRON, mon ancêtre.

Je saisie l’acte, mais je me rends compte rapidement que l’âge des deux protagonistes, ne correspond pas tout à fait à ceux, d’après leur acte de décès, de François POURTEYRON, né vers 1750, et de Marie/Philippe JOUBERT, née vers 1751.. Ici, le couple dont il est question sur l’acte est plus jeune – environ 10 ans de moins. Je poursuis mes recherches sur geneanet et réalise que des dates de décès sont renseignés pour ces mêmes François POURTEYRON et Catherine JOUBERT, et elles diffèrent de celles que j’ai déjà saisies dans mon logiciel pour François POURTEYRON et Marie/Philippe JOUBERT (voir plus haut dans l’article!).

Pensant d’abord à une erreur, je vérifie les actes de décès (voir plus haut), qui pourtant existent bel et bien… et j’ai bien failli tomber dans le panneau : François et François POURTEYRON sont frères tandis que Catherine et Marie/Philippe JOUBERT sont soeurs. J’ai eu chaud ! Voici donc ce que ça donne pour François POURTEYRON et Catherine JOUBERT, décédés à 2 jours d’écart:

  • François POURTEYRON, âgé de 76 ans, est décédé le 2 septembre 1829 au village de Puy-Léger à Saint-Privat. Le nom de son père Jean POURTEYRON est mentionné mais pas celui de sa mère. Son gendre Jacques JOUBERT, 36 ans déclare le décès.

Acte de décès de François POURTEYRON le 2 septembre 1829 à Saint-Privat-des-Prés

  • Catherine JOUBERT est décédée à l’âge de 72 ans le 31 août 1829 à Saint-Privat. L’acte indique qu’elle est la fille d’Antoine JOUBERT et de feu Catherine BERNARD. Jacques JOUBERT, 36 ans, son gendre, déclare le décès.

Acte de décès de Catherine JOUBERT le 31 août 1829 à Saint-Privat-des-Prés

Vu comme cela, nous pourrions déjà tirer nos premières hypothèses et à nouveau compléter notre carte mentale: François POURTEYRON, fils de Jean POURTEYRON et Marthe DENOST est né quelque part en Dordogne vers 1750, tandis que Marie/Philippe JOUBERT, fille d’Antoine JOUBERT et de Catherine BERNARD, est née vers 1751 – ou plutôt après 1752, ses parents supposés s’étant mariés en 1752 à Saint-Privat-des-Prés.

J’aurais pu m’arrêter ici et prendre les informations de l’arbre geneanet qui m’a permis de rassembler le puzzle pour argent comptant. Seulement voilà, d’une part il faut toujours vérifier et sourcer (ce qui était déjà le cas ici), et d’autre part cela n’était pas tout à fait satisfaisant car je ne parvenais pas à trouver l’acte de mariage de François POURTEYRON et de Marie/Philippe JOUBERT: et surtout, concernant Marie JOUBERT, je ne trouvais rien dans les registres de Saint-Privat concernant sa naissance – à l’inverse, je ne possédais aucune indication pour le lieu de naissance de François POURTEYRON, si ce n’est que le lieu de naissance de son frère homonyme au Petit-Bersac, mais mes recherches étaient infructueuses. Il me fallait au moins un acte ou un élément pouvant valider définitivement le lien entre le couple et leurs parents, pour m’assurer que l’ascendance était correcte et que je n’étais pas là sur des homonymes. Il me manquait donc l’acte de mariage pour m’assurer de la filiation et de l’ascendance du couple.

C’est alors que je trouve deux individus, toujours sur le même arbre geneanet, mentionnant donc un François POURTEYRON et une Philippe JOUBERT, sans date de décès mais avec la date naissance et avec l’indication d’un mariage le 11 octobre 1774 à Saint-Antoine-Cumond (24). Les parents renseignés ne sont plus les même que ceux de notre couple de départ.

Acte de mariage de François POURTEYRON et Philippe JOUBERT, le 11 octobre 1774 à Saint-Antoine-Cumond (24)

Et si la clé du mystère était là, que je ne cherchais pas du bon côté et que cet arbre sur geneanet, qui aurait renseigné de façon erronée une ascendance et m’aurait amené sur une mauvaise piste? Qu’il y aurait eu un télescopage entre les dates et les individus et qu’au final il s’agirait finalement des mêmes individus? Peut-être que c’est pour cela que je ne trouve pas le mariage du couple ni leur acte de naissance car je ne suis pas sur la bonne famille! Et peut-être que le propriétaire de l’arbre a distingué les deux François POURTEYRON et Marie et Philippe JOUBERT alors qu’il s’agit finalement des même individus mais que ceux là ne sont pas dans la bonne famille et donc pas ici des parents susdénommés – je rappelle que rien ne prouve ce lien de filiation puisque pas d’acte de mariage et pas de mention dans l’acte de décès! Et si il s’agissait ici des individus dont j’ai trouvé les actes de décès, et qu’il faudrait alors fusionner?

Essayons de démêler tout cela :

Ce petit tableau de comparaisons m’aide à y voir plus clair. Et vous, vous suivez toujours?

Vu comme cela, les actes manquant concernant le premier couple se retrouvent chez le second et inversement. Cela être un puzzle dont les pièces s’assemblent correctement, et j’ai l’impression de tenir quelque chose: mes François POURTEYRON et Philippe JOUBERT ne sont pas les enfants des couples POURTEYRON/DENOST et JOUBERT/BERNARD – et rien ne le prouvait jusqu’à présent !

Mais alors comment confirmer cette hypothèse, qu’il s’agit bien là d’un seul et même couple ?

  • Dans le cas du couple POURTEYRON1/JOUBERT1, il est évident qu’ils sont bel et bien les parents de mon ancêtre Marie POURTEYRON, grâce à leurs actes de décès respectifs. Leur ascendance est quant à elle incertaine.
  • Dans le cas du couple POURTEYRON2/JOUBERT2, la filiation et l’identité des parents est certaine grâce à l’acte de mariage. Mais est ce qu’il s’agit bien là des parents de Marie POURTEYRON?

L’acte de mariage du 11 octobre 1774 à Saint-Antoine-Cumond prouve donc bien l’existence de ce couple. Voici les informations récoltées à partir de cet acte:

  • François POURTEYRON, fils de Barthélémi POURTEYRON et Marie PEYRE, est âgé de 25 ans, du village du Chail à Laprade dans les Charentes.
  • Philippe JOUBERT, fille de feu Pierre JOUBERT et d’Anne COLOMBE, âgée de 17 ans et originaire de Cumond.
  • les témoins du mariage ne m’aident pas dans mes recherches. On y trouve tout de même un Pierre CABIROL, sans plus de renseignements: un Pierre CABIROL a déclaré le décès de François POURTEYRON en 1822 avec son gendre Pierre ROCHON. Peut-être que cela est un indice?
  • Enfin, et comme dans tous les actes concernant les deux couples POURTEYRON/JOUBERT, aucun protagoniste ne sait signer, et je ne peux donc pas m’appuyer sur cet outil précieux pour comparer et valider ou non mes hypothèses… C’est pourquoi je ne fais jamais mention de signatures ici !

En généalogie, les collatéraux peuvent souvent nous aider à résoudre ce type d’énigme. C’est pourquoi, à partir de cet acte de mariage, je parcours les registres de Saint-Antoine-Cumond de façon chronologique afin de retrouver les enfants de ce couple. Je vais également m’aider de l’acte de naissance de Marie POURTEYRON, née et baptisée le 20 avril 1790 à Saint-Antoine-Cumond: je vais remonter les actes à partir de celui-ci, toujours à la recherche de collatéreaux. Je vais également chercher du côté des témoins présents dans chaque acte, et voir si un lien me permettrait de ralier Marie POURTEYRON au couple François POURTEYRON/Philippe JOUBERT2.

C’est recherches vont être chronophages et vaines – je ne les détaillerais donc pas ici. Cependant, après avoir retrouvé les enfants du couple François POURTEYRON / Philippe JOUBERT2 après leur mariage, Marie POURTEYRON apparait comme étant la dernière de la fratrie, et sa naissance semble s’inscrire dans une suite logique de grossesses régulières.

L’unique lien (et il est bien mince !) que j’ai pu établir est la présence de Nicolas BARRIERE, propriétaire né vers 1770, que je peux clairement identifier grâce à sa signature (le seul qui signe!), au mariage de Marie POURTEYRON et Pierre ROCHON en 1811 et à celui de Jean POURTEYRON, fils du couple François POURTEYRON et Philippe JOUBERT, avec Antoinette LEPROUX en 1807. J’ignore à ce stade si ce Nicolas BARRIERE est un membre de la famille ou non.

Quelque soit ses « vrais » parents (même si je reste sur l’hypothèse que nous tenons là un seul et même couple), il apparait que Marie POURTEYRON n’avait plus de liens avec sa famille après son mariage. Aujourd’hui, il me manque toujours la preuve irréfutable que les couples POURTEYRON/JOUBERT 1 et POURTEYRON/JOUBERT 2 sont un seul et même couple, et que la filiation mentionnée sur leur acte de mariage de 1774 est juste, contrairement à ce qu’indiquait l’arbre en ligne geneanet. En réalité, une preuve que je n’aurai peut-être pas cherchée sur j’étais arrivée seule directement au mariage de 1774: il aurait été finalement logique que cela soit le mariage des parents de mon ancêtre…

Mon intiution me dit que nous sommes sur la bonne piste !

François POURTEYRON et Marie JOUBERT
2. Marie POURTEYRON
3. Margueritte ROCHON
4. Marie BION
5. André FONTAINE
6. Léo FONTAINE
7. Ma grand-mère maternelle
8. maman
9. moi

#LeMoisGeneatech : mon outil indispensable – Geoportail

Pour février 2021, Geneatech, communauté de généalogistes amateurs – dont je fais fièrement partie – qui regorgent d’idées pour ne jamais s’ennuyer, a prévu un mois riche généalogiquement parlant: le Mois Geneatech. Au programme, défis d’écritures, vidéos (tutoriels, présentation) quotidiennes… tout cela autour des outils, de l’ADN, des blogs, des logiciels et des recherches en ligne en généalogie. Un rendez-vous à ne pas manquer !

Le mois geneatech touche à sa fin, mais il reste une dernière semaine et un dernier challenge d’écriture ! Certainement le plus compliqué, puisqu’il faut présenter notre outil indispensable en généalogie. Le risque avec un tel sujet est d’être redondant et peu innovant – même si il est vrai qu’un même sujet ne sera jamais abordé de la même façon d’une personne à l’autre ! En réalité, pour moi, la difficulté principale réside dans le fait que j’exploite pas totalement les outils dont je me sers en généalogie. Ils sont pourtant nombreux: Heredis (mon logiciel de généalogie), Evernote, Excel ou Word…. Mon utilisation en est finalement partielle, et pourtant j’aimerai pouvoir l’optimiser ! Par exemple, sur Heredis je ne sais pas me servir efficacement de la recherche intelligente et je découvre de « nouvelles » fonctionnalités assez régulièrement; sur Evernote mes notes sont en bazar, rien n’est organisé et là aussi je me sers très mal de cet outil pourtant intéressant pour des recherches généalogiques; rien de fou du côté des différents produits Microsoft, bien que je m’en serve régulièrement, je peux passer un temps fou juste pour qu’un document de recherche soit lisible…

Vous l’aurez compris, j’étais loin d’être inspirée, jusqu’à ce que, pour une utilisation tout autre que pour de la généalogie, je me serve de géoportail pour calculer un itiniéraire… Géoportail, cet outil – un site internet – dont je me sers très régulièrement en généalogie et que je maîtrise un minimum!

J’ai donc décidé de vous le faire (re)découvrir aujourd’hui !

Géoportail c’est quoi?

Geoportail est un portail web de cartographie en ligne, lancé en 2006 par l’Institut Nationale de l’information géographique et forestière (IGN) et le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Géoportail met à disposition de nombreuses cartes, et en particulier celles couvrant le territoire français.

Page d’accueil Geoportail

Quelles cartes?

C’est là que Geoportail est vraiment intéressant car contrairement à Google Maps (son concurrent direct en cartographie par Google), il propose un large éventail de cartes. Parmi celui-ci, plus d’une dizaine de fonds de cartes facilement accessibles (cartes anciennes, cadastre, photographies aériennes...), mais aussi plus d’une centaine de cartes possédant des données diverses (zonages, opendata…). Celles-ci sont classées de façon thématique.

Onglet « cartes »

Et la généalogie dans tout ça?

Geoportail peut être un outil extrêmement intéressant pour nos recherches généalogiques. J’y vois principalement 3 intérêts:

  1. Les cartes anciennes: Geoportail met quatre types de cartes à disposition qui peut nous permettre de resituer le contexte géographique de vie de nos ancêtres (valable surtout sur le territoire métropolitain):

les cartes IGN : au plus près de nos territoires, les cartes IGN nous offrent une multitude de données relatives à un lieu. Même si ces cartes reflètent le territoire actuelles, elles sont intéressantes d’un point de vue généalogique puisqu’elles nous permettent de situer des hameaux, des lieux dits, mais aussi des batîsses. Elles nous donnent à comprendre dans quel environnement ont pu évoluer nos ancêtres. Aussi, lorsqu’au détour d’un acte vous trouvez le nom d’un petit hameau rattaché à un village, il peut -être possible de le retrouver via le moteur de recherche (et très souvent cette recherche fonctionne, ce qui n’est pas toujours le cas sur google…)

les cartes 1950 : cartes IGN des années 50, elles nous permettent de nous représenter la France d’il y a 70 ans. (et donc de mieux appréhender les lieux où vivaient nos ancêtres les plus proches de nous (parents, grands-parents…)

les cartes de l’Etat-Major (1822-1866) : nous faisons un important saut dans le passé puisque ces cartes ont été établies dès 1818. Leur nom vient du fait que ce sont les officiers d’Etat-Major qui ont fait les levés topographiques.


les cartes de Cassini : ce sont les premières cartes topographiques de France réalisés par la famille Cassini au XVIIIe siècle. Ces cartes sont d’une richesse incroyable puisqu’elles contiennent énormément d’informations, tels que les emplacements des châteaux, des moulins, des églises… Elles nous renseignent également sur le relief et la végétation, et son côté très imagé rend sa lecture assez fluide. Ce sont des cartes incontournables qui nous permettent d’appréhender au mieux l’environnement de nos ancêtres sous l’ancien Régime ! Il est important de signaler tout de même que la définition des cartes de Cassini ne sont pas optimales sur Geoportail, et qu’il vaut mieux passer par Gallica si on veut les extraire et obtenir une meilleure résolution – ou tout simplement mieux voir (merci à Sébastien et à son article lors du #ChallengeAZ pour l’information !).

Pour chacun de ces cartes, IGN propose une légende qui permet de mieux comprendre les cartes (en cliquant sur le petit i ou sur le dernier onglet de la colonne de droite). Parfois, il ne faut pas hésiter à aller plus loin que la légende proposée par Geoportail (et cela vaut en particulier pour les cartes de Cassini, où des sites comme celui de l’EHESS ou le site d’un certain Jean Henri apportent davantage de précisions.)

Réglages possibles des cartes

L’intérêt de Geoportail réside aussi dans la possibilité de superposer des cartes. Pour cela, il suffit de jouer sur la transparence des cartes et leur ordre. Il est également possible de mettre une carte en noir et blanc (en cliquant sur la platette de couleur) ou de la masquer complètement (en cliquant sur le petit oeil).

  • Remonter le temps et ses photographies anciennes : Il est possible depuis Geoportail de basculer sur un autre site appartenant également à l’IGN qui se nomme « Remonterletemps« . J’ai pu me servir de cet outil à de nombreuses reprises et en particulier pour certains articles du blog (comme lorsque je vous ai parlé du château d’Ivors et dont j’ai pu suivre la dégradation au court du XXe siècle). Ce site, en plus de nous proposer directement des cartes anciennes, permet d’accéder à des photographies aériennes anciennes, couvrant une période plus ou moins importante selon les lieux. Une fois que vous avez recherché une ville grâce à la barre de recherche, vous avez la possibilité de consulter les clichés disponibles selon des dates proposées (chaque point jaune correspondant à un cliché). Lorsque j’ai découvert ce site, j’ai été très surprise de voir jusqu’où pouvait remonté la prise de ces clichés (parfois jusqu’au début des années 20 !). De plus, les clichés une fois téléchargés sont de très bonnes qualités. Remonter le temps est à mon sens un outil indispensable si on travail sur l’histoire d’une maison !

Le site Remonter le temps

  • Les outils : Geoportail nous propose également des outils de mesures très intéressants. Accessible à partir du deuxième onglet de la colonne de droite (la petite clé à molette), différents outils sont proposés comme la possibilité d’annoter une carte, d’afficher des coordonnées, de calculer un itinéraire, mesurer des distances ou des surfaces, ou d’établir un profil altimétrique… Vous allez me dire que c’est bien beau mais, la généalogie dans tout ça? C’est justement avec un outil de mesure très intéressant que l’on va pouvoir relier la généalogie: il s’agit de l’outil « calculer un isochrone« . Vous ne vous êtes jamais demandé combien de temps mettaient vos ancêtres pour se rendre à pieds à un mariage dans le village voisin à 5km de là? Avec l’isochrone, vous pouvez connaitre la distance que peut parcourir un individu dans un temps donné, en prenant en compte le relief et la topographie. Sur le calcul d’itinéraire précédement évoqué, vous pouvez également savoir combien de temps mettait votre ancêtre pour se rendre d’un point A à un point B, toujours en prenant en compte les données topographiques de son environnement. Bien pratique !

En plus de tout ça, il est également possible de mettre la carte consulté en plein écran, de pouvoir imprimer, partager, d’accéder à des tutoriels…

Enfin, le site permet de se créer un compte et de pouvoir enregistrer ses recherches et ses cartes. Même si je ne l’ai pas encore expérimenter, je pense m’inscrire très prochainement, car grâce à cet article je me suis rendue compte à quel point je pouvais utiliser Geoportail – et j’espère qu’à vous aussi, cela vous aura donné envie de l’utiliser !

#LeMoisGeneatech : découverte aux archives – la maison de mes grands-parents

Pour février 2021, Geneatech, communauté de généalogistes amateurs – dont je fais fièrement partie – qui regorgent d’idées pour ne jamais s’ennuyer, a prévu un mois riche généalogiquement parlant: le Mois Geneatech. Au programme, défis d’écritures, vidéos (tutoriels, présentation) quotidiennes… tout cela autour des outils, de l’ADN, des blogs, des logiciels et des recherches en ligne en généalogie. Un rendez-vous à ne pas manquer !

Aujourd’hui, il s’agit de raconter une recherche effectuée directement aux Archives, sur place.

Il fut un temps, à une période où j’en avais encore un peu de temps – et pas de travail ! -, où je me rendais chaque semaine aux archives, et en particulier aux Archives Départementales du Val d’Oise à Cergy. En effet, la majorité de mes ancêtres du côté maternel sont comme moi originaires de ce département, et malheureusement, le site des AD95, quoique agréable pour sa navigation, ne propose pas énormément de ressources complémentaires. Il me fallait donc me rendre aux archives afin de pouvoir aller au delà des actes de l’état-civil et étoffer la vie de mes ancêtres.

Le bâtiment des Archives Départementales du Val d’Oise, à Cergy

Je m’y rendais donc sur la journée, armée de ma carte de lecteur, de mon ordinateur, d’un crayon et du papier. J’étais très organisée et toutes mes recherches de la journée étaient méticuleusement préparées. Il s’agissait surtout d’optimiser les 15 côtes à commander et de rentabiliser la journée (et les 2h de trajet aller-retour !).

Au départ je me suis naturellement tournée vers les archives de l’enregistrement, à la recherche d’éventuelles déclarations de succession et d’actes notariés. J’y ai souvent fait chou blanc: la branche paternelle de mon grand-père maternel vivant très modestement et ne possédant rien !

J’alternais aussi avec des déplacements aux Archives Départementales de la Seine-Saint-Denis, plus proche de chez moi à l’époque, et où de nombreux actes notariés concernant la famille maternelle de mon grand-père maternelle se trouvaient. En effet, si la majorité des actes les concernant avaient été passés à Roissy-en-France (95), ils étaient à chercher aux AD93 !

Mais revenons aux Archives du Val d’Oise. Grâce à l’aide d’une archiviste j’ai découvert le fonds des hypothèques et l’utilisation des archives en lien avec l’histoire d’une maison. J’avais déjà en tête de travailler sur la maison familiale, celle où habitaient ma grand-mère maternelle et son mari, ainsi que ma grande-tante (la soeur de ma grand-mère maternelle) et son mari mon grand-oncle (qui était également le frère de mon grand-père maternel!).

Je vais donc aujourd’hui vous raconter cette recherche. Par soucis de discrétion (la maison n’appartenant plus complètement à la famille), certains éléments pourront être amenés à être modifiés ou omis. Cependant, la recherche reste la même.

La recherche : faire l’histoire d’une maison

Avant de démarrer cette recherche aux archives, j’ai localisé la maison sur le cadastre napoléonien de 1824, pour m’assurer que la maison existait à cette période là. Le cadastre Napoléonien est un cadastre parcellaire, mis en oeuvre en France entre 1810 et 1850. Outil de renseignement précis sur les parcelles du territoire, le cadastre est un document fiscal pour la répartition de l’impôt foncier. Je n’avais aucune information historique sur la maison, si ce n’est un acte de 1881 qui établissait les conventions entre les propriétaires de la maison que m’avait transmis ma grande-tante. En tout état de cause, la maison était représentée sur cadastre et existait donc bel et bien en 1824.

Cadastre de 1824, avec en jaune l’emplacement de la maison

Avec le numéro de parcelle inscrit au cadastre (le numéro 42), je suis partie à la recherche le nom du propriétaire de l’époque. J’ai donc commandé aux archives départementales les documents concernant les états de sections (série 3 P aux archives).

On y apprend donc qu’un certain Pierre SIMON, poêlier, est propriétaire de la parcelle 42 (sol et maison) mais aussi de la parcelle 43 qui est un jardin. Nous allons pouvoir poursuivre nos recherches pour en savoir davantage sur ce Pierre SIMON et savoir à partir de quand la maison lui a appartenu. Consultons donc les matrices cadastrales.

Cette source nous apprends que Pierre SIMON possédait les parcelles 42 et 43 entre 1836 et 1854.

Aux archives départementales, je photographie et note consciencieusement mes découvertes. L’archiviste, qui suit de près mon avancée, me propose de regarder du côté des hypothèques – source qui j’ignorais jusqu’à ce moment là. Avec le nom du propriétaire, elle me suggère de rechercher les actes de ventes, en lien avec la publicité foncière, relatifs à Pierre SIMON. Direction donc les registres des hypothèques: tables (série 4 Q 1) puis répertoires (série 4 Q 2).

Je ne vais malheureusement rien trouver au prénom de Pierre. En revanche, un Jean SIMON attire mon attention: après des recherches rapides sur internet, je découvre que Pierre SIMON avait bien un fils s’appelant Jean.

Je vais donc regarder du côté des différents actes retranscrits. Grâce à eux et aux différents renvois vers d’autres actes notariés, mais aussi à d’autres noms de propriétaires, je vais pouvoir reconstituer, de fils en aiguilles, l’histoire de cette maison – histoire que je n’aurais pas pu reconstituer sans me rendre aux archives départementales et sans l’aide de l’archiviste sur place.

Histoire de la maison familiale

Mes recherches m’ont permis de remonter jusqu’en 1788, date à laquelle le terrain sur lequel sera bâti la maison a été cédé à titre de bail. En effet, ce terrain appartenait à Jean Baptiste de MACHAULT d’ARNOUVILLE, Garde des Sceaux et Ministre de la marine sous Louis XV, éloigné de la cours depuis les années 60 et vivant dans son château d’Arnouville. Possédant de plusieurs seigneuries sur l’actuel département du Val d’Oise, il est propriétaire cette terre qu’il a hérité de sa mère Elizabeth Françoise MILON, décédée en 1720. J’aurai probablement pu remonter davantage l’histoire de cette terre grâce aux actes relatifs à Jean Baptiste de MACHAULT sur les Archives Nationales, mais ça sera pour une autre fois !

Jean Baptiste de MACHAULT D’ARNOUVILLE, château de Thoiry

Mais revenons donc à ce fameux terrain sur les terres de Jean Baptiste de MACHAULT d’ARNOUVILLE. Comme nous pouvons le voir sur le plan d’intendance de 1787, il constitue une véritable ouverture face à la place du marché.

Le terrain est donc cédé à titre de bail à Pierre Nicolas FOULON, vitrier du bourg, et à sa femme Marie Françoise DESTAURET. Ils ont pour obligation de payer trente livres de cens (rente seigneuriale, ou autrement dit une redevance annuelle foncière) à chaque hiver. Le couple s’engage également à faire construire – à leurs frais – sur ce terrain un bâtiment avec un cahier des charges précis, dans les quatre ans à venir:

  • la maison doit avoir vue sur la rue, avec une ouverture sur une cour et un jardin
  • la maison doit être composée de deux corps de logis qui seront séparés par une grande porte
  • le logis de droite sera composé au rez-de-chaussée d’un grand salon, d’une petite salle à manger à côté, d’une cuisine, d’une office et d’un escalier menant à des chambres et à un grenier couvert de tuilles. Une grande cave se situera sous le logis.
  • le logis de gauche sera composé de la même manière que le logis de droite, de façon totalement symétrique.

Un plan qui a été réalisé au moment du passage devant le notaire sera annexé à l’acte: je n’en ai malheureusement aucune trace.

La description de la maison ainsi que les frais que sa construction vont engager laisse penser que les FOULON étaient des personnes assez aisées (et n’oublions pas que Pierre Nicolas FOULON était un artisan !).

Prison des Madelonnettes

Le cahier des charges sera parfaitement respecté. Combien de temps va mettre le couple à faire construire la maison? Je l’ignore – il est fort probable que la construction ait rapidement été entreprise. Nous sommes encore sous l’Ancien Régime, et la Révolution gronde: bientôt la maison appartiendra en toute propriété au couple. En effet la famille de MACHAULT va être fortement touchée par les événements révolutionnaires. Louis Charles de MACHAULT d’ARNOUVILLE, évêque d’Amiens et fils de Jean Baptiste – qui « loue » la future maison au couple FOULON, refuse de prêter serment à la Constitution civile du clergé et quitte la France pour les Pays-Bas Autrichiens. Jean Baptiste de MACHAULT d’ARNOUVILLE tombe sous le coup du décret du 17 septembre 1793 (dite la Loi des suspects) et est arrêté en 1794 à Rouen. Ses deux autres fils, Charles Henri de MACHAULT, Comte d’Arnouville, et Armand de MARCHAULT d’ARNOUVILLE, maréchal de camp, sont également arrêtés. Tous les trois sont emprisonnés à la prison des Madelonnettes (ancien couvent du IIIe arrondissement de Paris devenu prison sous la révolution) et sont condamnés à la guillotine. Jean Baptiste de MACHAULT D’ARNOUVILLE va y échapper puisqu’il va mourir peu de temps après son emprisonnement, le 12 juillet 1794. Les deux frères, Charles Henri et Armand sont quant à eux libérés de justesse en novembre 1794, suite à la chute de Robespierre le 28 juillet 1794 et à la fin de la terreur.

La révolution a entrainé l’abolition des droits féodaux et seigneuriaux et l’acte notarié de 1788 fera office d’acte de propriété. Marie Françoise DESTAURET décède en 1804 et « La Maison de la Louche » comme elle se fait appeler, située alors au 30 Grande Rue Saint-Pierre, est estimée à 7000 francs. Probablement que cette maison avait une fonction pour avoir un tel nom. Ce qui est sûr c’est que la famille Foulon y vivait plus depuis quelque temps, peut-être que cela avait un lien avec le métier de vitrier exercé par Pierre Nicolas FOULON?

Pierre Nicolas FOULON décède le 16 octobre 1809 et ses enfants vendent la maison le 27 mars 1814 à Louis Thomas GUESDON, marchand de tabac, et à sa femme, Marie Madeleine DEGOUY, un couple vivant sur Paris. La maison est vendue pour 8000 francs. Le marchand ne va pas conserver la maison longtemps puisqu’il la revend 4 mois plus tard à Pierre BOURSIER et sa femme Rosalie WION, au prix de 9700 francs. Le couple vient lui aussi de la capitale et il va revendre assez rapidement la grande maison, deux ans après l’avoir acquise. Cette fois ci, Pierre BOURSIER et sa femme ne vendent non pas une mais deux maisons, en divisant le bâtiment en deux – rendu possible par la configuration des lieux. Rappelez vous, la maison, une fois passée la grande porte, dispose de deux entrées, avec chacune leur propre escalier: l’étage du dessus réunit les deux parties de la maison.

La grande porte de la maison se trouve à droite du cocher sur l’image. La maison est composée du bâtiment qui comporte la grande porte et du bâtiment accolé à gauche.

La partie gauche de l’immeuble, qui deviendra définitivement plus tard le n°27 (les numérotations vont varier tout au long du XIXe siècle), va être vendue à Benoit NANTET et sa femme, marchand mercier de la ville pour la somme de 3000 francs. La partie droite de l’immeuble, qui deviendra le n°29 et la maison familiale, va être vendue à Pierre SIMON et sa femme, marchand chaudronnier de la ville également pour la somme de 3000 francs. Les actes de vente, rédigés le même jour, vont définir les conditions de la division de l’immeuble et la répartition des deux logis. L’unique escalier menant du premier au deuxième étage reviendra à Pierre SIMON et il aura la charge d’élever une cloison afin de séparer les deux maisons. La chambre au dessus du porche appartiendra également à Pierre SIMON. Enfin, ce sera à Benoît NANTET de séparer les espaces extérieurs.

L’intérieur du n°29, décrit dans l’acte de vente, correspond presque exactement à la maison telle qu’elle existe encore aujourd’hui: nombre de pièces, nombre de fenêtres, cheminées… Malgré les modifications apportées au fil des années, cette maison n’a finalement pas tellement changé !

Porche du n°27-29 sur la base Mérimée, 1993

La maison (le n°29) va rester un certain temps dans la famille SIMON, puisqu’après le décès de Pierre SIMON en 1854, Jean et Camille, ses deux fils, vont en hériter. Jean rachètera un an plus tard la part de son frère pour 4000 francs. Il en restera l’unique propriétaire jusqu’à sa mort en 1875. Contrairement aux deux familles précédentes qui vivaient à Paris et qui n’habitaient pas la maison (les actes de ventes font mention de locataires), il semblerait que la famille SIMON ait vécu dans cette maison de façon continue. C’est dans la maison que Pierre SIMON et sa femme décèdent, ainsi que Jean SIMON en 1875. Les recensements, disponibles à partir de 1836, indiquent également qu’ils y vivaient – la rue est alors renommée Rue de l’Hôtel de Ville et l’appellation « Maison de la Louche » semble avoir définitivement disparue. Au total, la maison aura été habitée plus de 59 ans par la famille SIMON.

Description de la maison dans l’Echo Pontoisien avant l’adjudication

La maison est mise en vente aux enchères après le décès de Jean SIMON. En effet, sa femme et ses deux enfants ont renoncé à la succession. Avec un prix de départ à 6000 francs, elle est adjugé vendue à 6400 francs à Michel Victor BUNET, propriétaire du n°27 (peut-être avait-il dans l’idée de réunir les deux parties de la maison?). Finalement, une surenchère au dixième – c’est à dire une surenchère qui a lieu dans les 10 jours suivant la 1ère adjudication, d’au moins un dixième du prix atteint – intervient: l’adjudication de la maison se fait à 7500 francs par Gabrielle Augustine PROUST épouse de Louis Auguste BELLER, directeur de voitures publiques, habitant la commune. Le couple BELLER-PROUST va occuper directement la maison quelques années puisque leur fils Georges y nait en 1878. Pour la petite anecdote, lors de mes recherches sur le couple, je vais découvrir que le métier de Georges est celui de généalogiste !
Après 1880, la famille ne vit plus dans la maison et la vend en 1881. Les nouveaux propriétaires ne vont pas vivre dans la maison et celle-ci va être louée (parfois à plusieurs familles simultanément, la division se faisant par étages). Nombreux sont les locataires qui vont se succéder, aux professions variées: huissier, rentier, prêtre, percepteur, receveur de l’enregistrement… La maison étant grande, celle-ci était habitée par des familles plutôt aisées ! Et bien souvent ces familles ne restaient pas bien longtemps. En effet, lors de chaque recensement qui a lieu tous les 5 ans, une ou des nouvelles familles occupe la maison. Autre anecdote concernant la maison et ses occupants: je vais découvrir qu’un certain Maximilien BOE à la carrière remarquable (officier d’académie, inspecteur de l’enseignement primaire à Sens, professeur à Nouméa et à Saint-Denis de la Réunion), a vécu quelques année dans la maison avec sa famille et ses biographies ainsi que ses parutions dans les journaux ne font aucunement mention de ce court passage dans cette ville !

Je perds la trace des propriétaires durant quelques années, entre 1881 et 1924, date à laquelle la maison est vendue à nouveau aux enchères à un couple – les derniers propriétaires. Ils vivront dans la maison jusqu’en 1968, date à laquelle la maison est achetée par ma famille.

Vue de la maison depuis le jardin, 1969

Au total, depuis la construction de la maison, au moins 9 propriétaires vont se succéder – et de très nombreux locataires vont y vivre. La maison a aujourd’hui près de 233 ans ! C’est dans maison, que j’appelle seulement ici pour plus de lisibilité « la maison familiale », qu’étaient accrochés au mur de l’entrée les arbres généalogiques géants peints par ma grand-mère. C’est dans cette maison que sont mes très nombreux souvenirs d’enfant où dans laquelle le mot famille prend tout son sens. J’y aurai toujours un lien, une attache particulière, indescriptible. Cette attache est encore plus forte depuis que j’ai entamé ces recherches, car au delà d’être inscrite dans mon histoire individuelle et familiale, elle s’inscrit également dans l’histoire en ayant traversé les siècles.

#LeMoisGeneatech : Spécial Saint-Valentin – mariés un 14 février

Pour février 2021, Geneatech, communauté de généalogistes amateurs – dont je fais fièrement partie – qui regorgent d’idées pour ne jamais s’ennuyer, a prévu un mois riche généalogiquement parlant: le Mois Geneatech. Au programme, défis d’écritures, vidéos (tutoriels, présentation) quotidiennes… tout cela autour des outils, de l’ADN, des blogs, des logiciels et des recherches en ligne en généalogie. Un rendez-vous à ne pas manquer !

Nous poursuivons ce mois de la généalogie et en cette deuxième semaine nous abordons la Saint-Valentin, cette célèbre fête des amoureux qui a lieu le 14 février…

Mais d’abord, savez-vous d’où vient cette fête? Petit rappel: Valentin, prêtre chrétien, serait mort vers 270 pour avoir célébré des mariages clandestins. Depuis 1496, Saint Valentin est devenu le patron des amoureux !

Pour l’article de ce jour, j’aurai pu vous parler d’une belle histoire d’amour concernant mes ancêtres, ou d’une rencontre, mais difficile de mettre tout cela en récit. A la place, j’ai choisi de regarder le contenu de mes recherches de plus près, et j’ai décidé de vous parler de mariages célébrés le 14 février. Facile, me direz vous, mais il ne s’agit pas de n’importe quels mariages, non: je vais vous parler ici d’une famille, dont les parents se sont mariés un 14 février et dont la fille, s’est elle aussi mariée un 14 février – 38 ans plus tard. Et il s’agit là de mes ancêtres ! Quoi de mieux qu’un « double » mariage en ce 14 février?

Commençons donc par le début.

C’est l’histoire d’une famille de cultivateurs qui se déroule entre la Charente et la Dordogne, au début du XIXe siècle. C’est aussi l’histoire de nombreux petits hameaux, caractéristiques de plusieurs régions de France comme celle-ci. Et c’est loin d’être simple, car la famille à la bougeotte, et se déplace de petits hameaux en petits hameaux. Et pour ne rien simplifier, les homonymes sont nombreux et rendent les recherches en séance de tirage de cheveux !

Cependant, ces recherches sur cette famille me permettent de faire voyager mon imaginaire et de me donner du baume au coeur. Avec elles, je me sens un peu en vacances: je me trouve sur des petits chemins de campagne, dans le Sud Ouest (partie de la France que j’affectionne tant !), en plein mois de juillet – de quoi apporter un peu de soleil en ce mois de février si triste ! Au delà du thème, j’espère pouvoir vous emmener un peu avec moi dans ces paysages qui sentent si bon l’été.

Saint-Privat

C’est donc à Saint-Privat (renommé Saint-Privat-des-Prés en 1993 et devenu aujourd’hui Saint-Privat-en-Périgord), petit village de Dordogne limitrophe au département de la Charente, que commence notre histoire. Débutons avec notre premier couple: Pierre ROCHON et Marie POURTEYRON.

Saint-Privat et Cumond (source: Carte Cassini, Gallica)

Pierre ROCHON et Marie POURTEYRON

Pierre ROCHON naît le 6 juillet 1784 à Saint-Privat, au village de La Poponie. Il est le premier fils d’un couple de cultivateurs, Antoine ROCHON et Marie POURTEYRON, qui a déjà donné naissance à 4 filles. Deux autres garçons suivront, Léon et Pierre (qui décèdera quelques jours après sa naissance), avant la mort prématurée de Marie, la mère de famille âgée de 42 ans, en 1797. Pierre a alors 15 ans, et il aide déjà son père aux travaux agricoles. Ce dernier se remarie en 1807 avec Jeanne CHALESSE, une jeune femme de l’âge de Pierre (elle a 23 ans tandis qu’Antoine ROCHON en a 55 !). Il lui donnera au moins 5 enfants et vivra le reste de sa vie Chez Cendraux, toujours sur la commune de Saint-Privat.
Pierre n’assistera probablement pas au mariage de son père, puisqu’en 1807, il est fusiller au 1er régiment d’Infanterie et probablement loin de chez lui – il obtiendra un congé de réforme en juin 1810.

Les rues de Saint-Privat

Marie POURTEYRON (qui n’est pas la mère de Pierre, mais sa future épouse) est née le 20 avril 1790 à Cumond (renommé Saint-Antoine-Cumond en 1924 et aujourd’hui appartenant à la commune Saint-Privat-des-Prés), au village du Renard. Tout comme son futur mari Pierre ROCHON, Marie est issue d’une famille de cultivateurs. Elle semble être la dernière née d’une fratrie qui compte au moins 7 enfants. La famille vivra entra la paroisse de Cumond et celle de Saint-Privat.

Pierre et Marie se marient le 14 février 1811 à Saint-Privat. Il est fort probable qu’ils se soient rendus, après leur union à la mairie, au sein de la jolie église romane de Saint-Privat.

Le couple va vivre au hameau de Leymarie auprès des parents de l’épouse, François POURTEYRON et Philippe JOUBERT. Ils vont y avoir au moins 8 enfants. François et Philippe décèdent respectivement en 1831 et 1822, et il semble que ce soit après le décès de François que notre couple quitte le hameau de Leymarie pour Les Fouilloux.

Route qui mène aux Fouilloux (source Google Street View)

Ils vont vivre quelques années au hameau Puy Léger et se rapprocher ainsi du bourg de Saint-Privat. C’est là bas que décède Marie POURTEYRON le 30 mars 1858. Elle avait 67 ans.

Pierre ROCHON, désormais veuf, va vivre tout près de son fils Antoine et de sa belle-fille Marie PEYRONNAUD, et aussi tout près de sa fille Marguerite et de son mari Pierre BION, mes ancêtres dont il sera question juste après.

Pierre ROCHON décède 4 ans après sa femme, le 12 décembre 1862, au hameau de La Marteille, qui se trouve juste à côté de Puy Léger.

Situation des hameaux concernant le couple ROCHON / POURTEYRON (source: geoportail)

Pierre BION & Marguerite ROCHON

Direction la Charente, à quelques kilomètres de Saint-Privat. Nous sommes à Saint-Quentin-de-Chalais, et plus précisément à Saint-Vivien où est né Pierre BION le 4 avril 1820. Pierre est le huitième enfant d’une fratrie qui en comptera dix. Ses parents, Jacques BION (auquel j’avais consacré un article relatif à sa famille) et Marguerite MONTAUDIE sont des cultivateurs originaires du coin.

Pierre ne va pas rester longtemps à Saint-Vivien puisque sa famille quitte le hameau pour Sérignac (ancienne commune aujourd’hui rattachée à Chalais) et plus précisément pour Renon, un petit lieu dit composé de deux corps de ferme. Vers 1830, la famille va partir pour Les Essards et le hameau du Clapart. Ses parents y décèdent : le 28 septembre 1843 pour sa mère Marguerite et le 5 septembre 1846 pour son père Jacques.

Coteaux du Montmorélien, site naturel du Sud de la Charente

Retour en Dordogne. Marguerite ROCHON, fille de Pierre ROCHON et Marie POURTEYRON, est née le 5 août 1823 à Leymarie, dans la commune de Saint-Privat. Le 14 février 1849, alors que ses parents fêtent leurs noces de mercure, Marguerite franchi la porte de la mairie de Saint-Privat pour épouser Pierre BION, 28 ans, fraîchement débarqué à Saint-Privat suite au décès de ses parents.

Mairie de Saint-Privat

Courlac

Le couple va avoir 8 enfants et va vivre – au gré des naissances – un temps aux Fouilloux, puis à Puy Léger auprès des parents de Marguerite, puis à La Maison Neuve et Chez Vincent. Ils vont ensuite traverser la frontière fictive qui sépare la Dordogne de la Charente pour rejoindre le bourg de Courlac. Marguerite y décèdera le 25 aout 1879, tandis que Pierre, qui finira sa vie dans son département d’origine, décèdera 20 ans plus tard, le 17 octobre 1899 à Bellon.

Frise élaborée sur frisechronos, grâce aux explications de Sophie sur sa vidéo pour le mois Généatech !

Pierre ROCHON & Marie POURTEYRON
Marguerite ROCHON & Pierre BION
2. André FONTAINE
3. Léo FONTAINE
4. Ma grand mère maternelle
5. Maman
6. Moi

#LeMoisGeneatech : une source peu connue – retracer le parcours scolaire de son ancêtre

Pour février 2021, Geneatech, communauté de généalogistes amateurs – dont je fais fièrement partie – qui regorgent d’idées pour ne jamais s’ennuyer, a prévu un mois riche généalogiquement parlant: le Mois Geneatech. Au programme, défis d’écritures, vidéos (tutoriels, présentation) quotidiennes… tout cela autour des outils, de l’ADN, des blogs, des logiciels et des recherches en ligne en généalogie. Un rendez-vous à ne pas manquer !

Pour cette première semaine, le défi d’écriture consiste à présenter une source peu connue…

Une source peu connue à présenter pour démarrer le Mois Geneatech…. un sacré challenge ! En effet, c’est un réel défi d’écriture que de trouver un sujet dans cette thématique, étudiée en long et en large et partagée – pour notre plus grand plaisir – sur les blog de généalogie ou dans la presse avec la Revue Française de Généalogie. A l’heure où j’écris cette article (12 jours avant le début du Mois Généatech), j’ai décidé de vous présenter une source, ou plutôt des sources auxquelles on ne pense pas toujours, et pourtant, elles sont plutôt originales.. En effet, pour préparer cet article – et étant à court d’idées, j’ai regardé ce que je pouvais avoir en stock: direction mon logiciel favori avec un petit tour sur mes branches du Nord, sur lesquelles j’ai récolté déjà pas mal d’informations de toutes sortes. J’ai repensé à la fratrie LEGRAND, dont deux des fils sont diplômés d’Ecoles Nationales, et je me suis souvenue de sources en lien avec cela… Et on y arrive: aujourd’hui je vous présente les sources en lien avec la scolarité de nos ancêtres !

Comment connaître le parcours scolaire de ses ancêtres?

Premièrement, ce type d’information peut être connu grâce à la mémoire familiale : transmission orale, photos, livrets ou carnets… C’est grâce à une photo des anciens élèves de l‘Ecole Nationale des Industriels de Roubaix (aujourd’hui l’ENSAIT) que j’ai su que mon ancêtre Louis COUTIER, fabriquant de couleur, était passé par cette école réputée.

Louis COUTIER est à la deuxième rangée en partant du bas, deuxième personne à droite. (source: archives personnelles)

Deuxièmement, pour avoir connaissance de ce type d’information, la presse locale peut vous être très utile ! C’est comme cela que j’ai appris que Georges PAUX, frère d’Isabelle PAUX, avait été diplômé de l’Institution Notre Dame des Victoires de Roubaix.

Une fois ces informations récoltées, vous allez pouvoir approfondir vos recherches – et cela est surtout possible pour les Grandes Ecoles !

Partons donc à la découverte des ces sources connues mais originales, avec deux cas pratiques: il s’agit des frères LEGRAND, fils de Jules Désiré Aimé LEGRAND et Juliette Hortense CORDONNIER.

Jules LEGRAND, lieutenant de vaisseau

Si je vous ai déjà évoqué le parcours très intéressant de ce collatéral Jules LEGRAND – qui est le cousin germain d’Isabelle PAUX, mon AAGM – je ne vous ai pas détaillé mes recherches. En effet, c’est grâce à la presse ancienne et le plus précisément le moteur de recherche Geneanet « Bibliothèque Généalogique » que j’ai pu retracer le parcours scolaire de Jules.

La presse ancienne m’a donc appris les éléments suivants:

  • Le Journal Officiel nous apprend que Jules a été classé 7ème au concours général des lycées et des collèges de 1889, dans l’enseignement classique de classe de mathématiques spéciales de lycée de Lille. Il est à nouveau classé un an plus tard au même concours. Il est alors 5ème.
  • Le Journal de Roubaix nous renseigne dans la rubrique Nécrologie sur le parcours de Jules, suite à son décès. Il a étudié à l’Institut Turgot puis au lycée Faidherbe de Lille avant d’intégrer Polytechnique à l’âge de 19 ans (soit vers 1890).
  • Un autre numéro du Journal de Roubaix nous apprend qu’il a fait 2 ans d’école Polytechnique (il y est donc sorti vers 1892). Il en est sorti avec le grade d’aspirant de 1ère classe.

Journal de Roubaix du 17 mai 1910 (source: bn-r)

Ces dates, ces lieux et ces notions sont un point de départ pour nos recherches et pour mieux appréhender le parcours scolaire de notre ancêtre. Découpons donc nos recherches par établissements:

L’institut Turgot

Une simple recherche nous permet d’en apprendre plus sur cet Institut. Créé en 1879 rue du Veil Abreuvoir à Roubaix, l’école existe toujours rue du Collège, sous le nom du lycée professionnel Turgot (il propose aujourd’hui des formations dans le tertiaire et l’électrotechnique). Une recherche sur la bibliothèque numérique de Roubaix va nous donner davantage d’informations sur l’institut: en 1882, il déménage rue de Soubise avant d’être transféré rue du Collège en 1903, dans l’ancien Collège de Roubaix. Ces informations qui resituent l’Institut dans un contexte historique, nous permettent de savoir que Jules LEGRAND se rendait à l’Institut lorsque celui ci se situait encore rue de Soubise: c’est information est très importante pour les archives photographiques (l’école sur la photo était-elle bien celle où se rendait mon ancêtre?)! En effet, dans le cas de l’Institut Turgot, un riche fond iconographique existe sur le site de la Bibliothèque de Roubaix.

Ca en jette mais il s’agit ici de la facade de l’Institut Turgot situé rue du collège, la photo datant de 1910… Ce n’est donc pas là que Jules Legrand se rendait pour suivre ses cours ! (source: bn-r)

Après 10 minutes de recherches sur le site de la Bibliothèque et d’autres sites, je retrouve le bâtiment qui abritait l’Institut Turgot entre 1882 et 1903 rue de Soubise. Le Conservatoire Nationale de Musique de Roubaix a investi les locaux après le transfert de l’institut vers la rue du collège. Aujourd’hui le conservatoire se trouve toujours à cette même adresse, au 65 rue de Soubise.

Le bâtiment qui abritait l’Institut Turgot lorsque Jules Legrand y était scolarisé (source: bn-r)

Mes recherches sur le site de la bibliothèque me permettent également de mettre la main sur les registres des élèves: c’est dans le Registre des élèves de 1879-1895 que je trouve la trace de Jules LEGRAND: j’y apprends qu’il est rentré à l’Institut le 3 octobre 1881 et qu’il en est sorti le 11 août 1883. Il obtient son Certificat d’études primaires en juillet 1883. Le registre indique que Jules est un « élève très intelligent » et qu’il aspire à l’école Polytechnique.

Registre des élèves 1879-1895, p.19 (source: bn-r)

Les termes utilisés dans ce registre (Certificat d’études primaires, école supérieure) nous renseignent sur le système scolaire tel qu’il existait à la fin du XIXe siècle. En effet, l’Institut Turgot était dans les années 1880 une école primaire supérieure (ces EPS, créés en 1833, seront supprimés en 1941 et remplacés par des collèges). L’école supérieure préparait donc au Certificat d’Etudes Primaires, que Jules a obtenu à l’été 1883.

Certificat d’études primaires (source: ecolepouilly)

D’autres informations sont à trouver dans les sources disponibles sur le site de la bibliothèque de Roubaix, comme les Rapports du Maire ou les Bulletins Municipaux. Aussi, on apprend qu’en 1880, l’Institut compte 40 élèves (des garçons), et que le directeur est M. Gernez et l’adjoint M. Gauthier. En 1881, le conseil municipal soumet une proposition pour la création d’un cours préparatoire à l’Institut ainsi que des cours de langues, en anglais et en allemand. L’idée d’un cours pour adultes qui n’auraient pas obtenu leur Certificat d’études primaires est elle aussi proposée. Le directeur de l’Institut, M. Gernez, a également fait part de sa demande d’un internat qui serait annexé à l’école. Toutes ces demandes seront satisfaites. En 1882, l’institut compte 207 élèves. Elle atteindra les 272 élèves en 1883.

Gallica regorge de sources en lien avec l’Institut Turgot (nomination de directeurs, de professeurs, association d’anciens élèves…). Une vraie mine d’or pour des sources complémentaires sur la scolarité de nos ancêtres ! Par exemple, les bulletins d’associations des anciens élèves d’un établissement peuvent être une source très intéressante. Dans le cas de ceux l’Institut Turgot, nous retrouvons un hommage après le décès de Jules LEGRAND survenu en mai 1910, rédigé par ses anciens camarades. En plus d’en savoir davantage sur sa vie et sur son parcours d’élève, nous y apprenons qu’il a été premier du département du Nord au classement du Certificat d’études primaires ! Voici le récit extrait du Bulletin trimestriel de l’association amicale des anciens élèves de l’Institut de novembre 1910, p. 65-66:

Le Lycée de Lille

Dans le cas de cet établissement aussi, une rapide recherche sur internet nous permet de situer le Lycée de Lille (renommé Lycée Faidherbe depuis 1893) dans son contexte historique. Créé en 1796 et devenu Lycée Impérial en 1852, le Lycée de Lille se situe à la fin du XIXe siècle au croisement de la rue des Arts et du boulevard Carnot – emplacement qui restera le même jusqu’au déménagement du lycée dans de nouveaux locaux rue Armand Carrel en 1964. A partir de 1857, le lycée propose une classe de Mathématiques Spéciales (aujourd’hui remplacée par les classes préparatoires scientifiques) pour préparer les élèves à l’Ecole Polytechnique et à l’Ecole Normale Supérieure. Jules LEGRAND a très probablement été scolarisé au lycée entre 1883 et 1890. C’est là-bas qu’il va y suivre les enseignements de Mathématiques Spéciales, avant d’intégrer l’Ecole Polytechnique le 1er octobre 1890.

Ancien lycée Faidherbe, où se rendait Jules Legrand (source: Lille d’antan)

Là encore, Gallica nous offre la possibilité de consulter de nombreuses sources pour en savoir davantage sur ce lycée, et en particulier à travers la presse locale (nomination de professeurs, ouvertures de classes…).

Ecole Polytechnique

L’Ecole Polytechnique, forte de sa réputation, est une école d’ingénieurs parmi les 205 que compte la France. Créée en 1794 à Paris, elle se trouve depuis 1976 à Palaiseau dans l’Essonne. Le concours pour l’admission est l’un des plus anciens et les plus difficiles. L’école forme des ingénieurs mais aussi des hauts fonctionnaires, des hauts cadres et des officiers.

Ici aussi, des recherches dans des sources sont possibles à partir du site de l’Ecole Polytechnique (pour ceux qui auraient des ancêtres polytechniciens, c’est par ici !)

Le moteur de recherche dans la Bibliothèque Centrale de l’Ecole Polytechnique

C’est donc tout naturellement qu’en tapant « Jules Legrand » dans le moteur de recherche je retrouve la fiche de notre polytechnicien (ainsi que son portrait):

Après Polytechnique, Jules Legrand démarrera sa carrière dans la marine. Toutes ses recherches et ces sources mise à disposition nous permettent d’appréhender au mieux le Jules LEGRAND élève !

Alphonse Emile LEGRAND (1877-1915), frère cadet de Jules LEGRAND.

Dans le cas d’Adolphe, c’est des archives familiales (l’annotation « ingénieur des mines » au dos de son portrait photo) et sa fiche matricule qui vont me mettre sur la voie de son parcours scolaire : il y est indiqué la présence d’un certificat constatant qu’il a reçu le diplôme d’ingénieur des mines.

Un petit tour sur internet me permet de retrouver rapidement la trace d’Alphonse sur un site reprenant les publications de l’Association amicale des anciens élèves de l’Ecole des mines de Paris. Voici ce qui est dit en hommage à Alphonse LEGRAND:

Ancien élève de l’Ecole des mines de Paris (promotion 1900). Ingénieur civil des mines.


Publié dans Bulletin de l’Association amicale des anciens élèves de l’Ecole des mines de Paris, Juillet 1916 :

Nous avons à déplorer la mort glorieuse de notre excellent camarade Alphonse Legrand, promotion 1900, ingénieur à la Société de Maijdan-Peck (Serbie).
Revenu de Serbie à la mobilisation, il fut versé avec son grade de sergent dans un régiment territorial d’infanterie ; mais les travaux du génie convenaient mieux à son talent de mineur ; il demanda et obtint son affectation au génie.
Pendant l’offensive de Champagne, il fut atteint, le 1er octobre 1915, par un éclat d’obus dans la région lombaire et succomba, le 6 octobre, des suites de ses blessures, à l’hôpital de Châlons-sur-Marne, après avoir reçu la Médaille militaire.
A la sortie de l’Ecole où son esprit chercheur s’était révélé, il débuta comme ingénieur de la traction dans les carrières de phosphates de chaux de la région de Sétif, à Tocqueville. Mais la Direction, qui avait pu juger des sérieuses qualités de son jeune ingénieur, lui confia bientôt la mise en exploitation d’une région. Ces nouvelles occupations plurent davantage à Legrand ; elles satisfaisaient son désir d’études et lui fournissaient l’occasion d’appliquer pratiquement ses connaissances.
Travailleur infatigable, il se consacra à l’étude géologique des gisements de phosphates de la région de Tocqueville. Il ne négligeait aucune occasion d’exercer ses facultés naturelles d’observation et d’augmenter ses connaissances. Il découvrit un fossile qui porte son nom et qui figure dans les collections du Musée d’Alger.
En 1901, le départ du Directeur lui permit d’assurer provisoirement le service de la gestion de la mine. Il se révéla excellent administrateur autant que bon praticien ; il réussit si bien et obtint de si intéressants résultats que le Conseil d’administration de la Société le félicita et le nomma Directeur. Il avait vingt-sept ans.
En 1906, la Compagnie Algérienne succéda à l’Union des Phosphates et la nouvelle Société accorda à son Directeur toute sa confiance. Il apporta d’heureuses modifications à l’exploitation, mais son activité s’exerça également à l’extérieur. C’est ainsi qu’il prit part au Congrès des Industriels à Alger ; il présenta divers vœux tendant à faciliter le développement des exploitations de phosphates, notamment pour obtenir la réduction des frais de transport.

Ses qualités d’ingénieur étaient encore relevées par ses qualités morales. C’est avec un tact délicat qu’il sut manier l’ouvrier indigène ; il se plaisait à résoudre pacifiquement leurs petites querelles, à régler leurs différends. Il sut ainsi acquérir leur confiance et leur estime.
Il était très bon ; à chacun il réservait un accueil cordial. Sa bienveillante sympathie s’étendait à tous ses collaborateurs et les Européens voyaient en lui un ami plus qu’un chef. Compatissant, il fit une charité discrète aux malheureux.
Legrand dirigea pendant six ans l’exploitation de la Compagnie Algérienne qu’il quitta pour entrer à la Compagnie de Rio Tinto. Il était resté neuf ans à Tocqueville et il emportait l’estime et les regrets de tous.
Dans son nouveau poste, il sut se faire apprécier et montra son mépris du danger, son sang-froid et son dévouement.
Le 3 novembre 1913, un groupe d’ingénieurs anglais descendit dans le puits Saint-Dionysio qui était en feu ; il s’agissait de reconnaître les dégâts et de les circonscrire. Mais ce groupe ne remontait pas. Une deuxième équipe, dont Legrand faisait partie, descendit à son tour et fut assez heureuse pour remonter les corps de quatre ingénieurs, dont trois furent rappelés à la vie. Pour honorer le courage de ces sauveteurs, le Gouvernement espagnol leur décerna une médaille d’or. Ce fut Lord Milner qui décora notre brave camarade. Tous ses anciens collègues de Rio Tinto, dans une adresse de douloureuse sympathie qu’ils envoyèrent récemment à Mme Legrand, disaient : « Son abnégation de la vie et son héroïque conduite lors de l’incendie du puits Dionysio sont toujours gravées dans notre esprit. »
En 1914, quelques mois avant la guerre, Legrand quitta Rio Tinto. Son tempérament de chercheur et son activité lui firent accepter le poste d’ingénieur en chef des Mines de Maijdan-Peck en Serbie.
A peine installé dans son nouveau poste, il eut le triste avantage d’assister au prologue du grand drame actuel.
Legrand est mort en héros. Il a reçu la Médaille militaire et la Croix de guerre avec palme pour sa brillante conduite en Champagne.
La citation du général en chef montre qu’à l’Armée, comme dans sa carrière, Legrand fut tout de suite remarqué comme un sujet d’élite et un homme de cœur. Voici cette citation :
« Sujet pénétré de l’esprit de dévouement et de sacrifice ; a rendu les plus grands services à la compagnie, grâce à ses connaissances techniques. Très grièvement blessé le 1er octobre 1915 en dirigeant sous un violent bombardement un travail d’organisation d’une position ennemie récemment conquise. »
Sa veuve, qui fut sa compagne admirable dans les divers pays où l’appelèrent ses fonctions, a perdu le modèle des époux, et ses deux petits enfants le plus tendre des pères.

H. Catrice.

Ecole des Mines

Ce long récit nous apprend qu’Alphonse LEGRAND est de la promotion 1890 de l’Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris. Fondée en 1783, elle a vocation à former des ingénieurs. Alphonse obtiendra le diplôme supérieur d’ingénieur civil des Mines en 1903. Ils sont au total 27 à l’obtenir cette année là.

Là aussi, en plus de mettre à disposition en version numérisée de nombreuses sources intéressantes (atlas, cartes des départements, cours, journaux…), la Bibliothèque patrimoniale numérique des Mines propose à la consultation de nombreuses sources en lien avec la scolarité et le parcours de ses élèves. C’est donc sur ce site que j’ai trouvé la liste des mémoires rédigés par Alphonse entre 1901 et 1902, comme « Charbonnage des bassins de Liège et de Charleroi ».

Enfin, le bulletin de l’Association amicales des anciens élèves de l’école des Mines, en ligne sur Gallica, peut nous fournir d’autres informations sur Alphonse, comme lorsqu’il a obtenu le poste de directeur de l’exploitation de la Compagnie Algérienne de phosphates à Tocqueville, en 1906.

Pour résumer…

La recherche pour parvenir à ces sources se fait en deux étapes:

  1. Trouver un point de départ (le nom d’une école, un diplôme) dans le parcours de son ancêtre grâce à la presse locale, sa fiche matricule ou encore la transmission orale
  2. Chercher les sources en lien avec sa scolarité sur le site des écoles (quand celles ci mettent à disposition leur archives numérisées ou leur bibliothèque en ligne), sur Gallica (notamment en recherchant les ouvrages des associations d’anciens élèves) et tous les sites internet qui pourront être utiles.

J’espère que ces deux cas pratiques vous aurtont donné envie de partir sur les traces du parcours scolaire de vos ancêtres et à la recherche de ces sources originales !

1. Jules LEGRAND et Alphonse LEGRAND, cousins germains d'Isabelle PAUX
2. Anne Marie COUTIER
3. Ma grand-mère maternelle
4. Maman
5. Moi

Premier bilan de 4 ans de recherches généalogiques.

Ca y est, une nouvelle année a débuté depuis maintenant une vingtaine de jours. Nouvelle année rime bien souvent avec bilans et projets. Pour ma part, je profite en ce début de 2021 de tirer un premier bilan de ces presque 4 ans et demi de généalogie et de recherches sur mon ascendance maternelle.

C’est en voyant sur twitter de superbes roues – autrement dit des arbres en éventail à 360° – que j’ai eu l’idée de faire le point sur mes recherches. Et c’est en particulier la très jolie roue de Geneagraphe qui m’a donné l’idée de cet article !

J’ai donc décidé de vous présenter aujourd’hui mon ascendance de la même manière, selon les départements d’origine de mes ancêtres. Afin d’éviter de vous présenter une roue dont il manquerait un quart, j’ai choisi de prendre pour point de départ ma mère et donc mon ascendance maternelle sur 8 générations. Chaque quart de la roue représente donc l’ascendance des branches de mes grands-parents sur lesquelles se concentrent mes recherches depuis 4 ans: les branches LEMAIRE – SONNIEZ – FONTAINE – COUTIER.

Voici donc ce que ça donne:

(cliquez pour agrandir)

Correspondance des couleurs et situation des départements

Chaque case est colorée selon le département de naissance de l’ancêtre en question. Quatre noms sont surlignés en rouge: il s’agit là d’implexe, c’est à dire des individus qui apparaissent à plusieurs reprises dans l’arbre. Ici il y en a deux, un couple: Pierre LEMOINE et Geneviève ETARD.

Comme vous pouvez le remarquer, nous avons ici une roue dentée. En effet, mon ascendance maternelle compte 4 enfants dont le père ou la mère (ou parfois les deux) sont inconnus:

  • Sur la branche FONTAINE: Cyprien FONTAINE (G5) est un enfant trouvé de l’assistance publique tandis que Marie LAÏRE (G4) a été abandonnée par sa mère à la naissance. Le père est inconnu.
  • Sur la branche LEMAIRE: Eugénie RENIMEL (G4), fille naturelle de père inconnu (ou pas?) et Germaine PARIS (G6), fille naturelle de père inconnu.

Sur les 254 ancêtres théoriques dont dispose chaque individu sur 8 générations, ma mère en a 207. A cela doit être déduit les deux ancêtres qui apparaissent deux fois sur l’arbre qui se trouvent donc sur la branche SONNIEZ et sur la branche LEMAIRE – et je ne suis pas sûre qu’en se mariant mes arrières-grand-parents savaient qu’ils partageaient des ancêtres et étaient de ce fait cousins ! Au total, ma mère a 205 ancêtres distincts.

Concernant la répartition de ces ancêtres par départements de naissance, je me suis rendue compte en générant cette roue que j’avais la chance de travailler sur plusieurs départements. Cependant, la variété et la multiplication des départements (et d’archives départementales) ont une incidence importante sur mon travail que je le développerai tout à l’heure.

Revenons donc à la répartition géographique, voici comment elle se présente:

Pour plus de lisibilité, j’ai également fait une répartition par régions:

Sans grandes surprises, mon ascendance maternelle vient pour la grande majorité d’Île-de-France et du Nord !

Et après ce bilan chiffré, quels sont les projets pour cette année ou ceux en cours concernant tous ces individus?

Depuis 4 ans, je passe la majeure partie de mon temps à travailler sur mes ancêtres maternels. Il est vrai que j’ai davantage exploré certaines branches, comme celles du Nord, car comme je le disais un peu plus haut, mon travail est fortement orienté par les sources que j’ai à ma disposition et à la richesse et la qualité des sites des archives départementales. En effet, certaines branches sont quelques peu laissées de côté, par exemple du fait de quelques sites d’archives en ligne que je ne trouve franchement pas pratiques… C’est pourquoi plusieurs « projets » et travaux sont en cours depuis quelques temps, et ils concernent surtout les branches pour lesquelles j’ai de la matière – et de quoi faire:

  • L’ascendance de mon arrière grand-mère maternelle Annie COUTIER, et particulier celle de sa mère Isabelle Paux, dont les branches prennent racines dans le Nord. C’est avec cette branche que j’ai commencé la généalogie et c’est sur celle-ci que j’ai le plus de matière (photos, carnet de guerre, actes…). La plupart des membres de cette famille a pleinement bénéficié du développement industriel de la région Lilloise et ils ont eu une vie bien remplie – et parfois quelque peu ordinaire. Aussi, je continue à essayer de me rapprocher au mieux de leur vie, du cadre dans lequel ils ont évolué, de leur entourage familial… Un travail de longue haleine !
  • La famille SONNIEZ: depuis trois ans déjà je travaille sur cette famille en essayant de retracer leur parcours et en récoltant le plus d’actes et d’informations possibles les concernant.
  • Les branches nobles (ou celles qui s’en rapprochent) des Ardennes. En effet, j’y ai récemment découvert une branche noble, les BOUCHER de CREVECOEUR, et c’est tout un monde qui s’est ouvert à moi ! Je tâcherai donc de vous en parler très prochainement: je vous expliquerai de quelle façon je cousine avec Colbert !
  • Les recherches qui m’ont menée à compléter l’ascendance sur huit génération de ma maman afin d’établir cette roue m’ont donné d’autres idées, et en particulier celle de pouvoir compléter, dans la mesure du possible, l’ascendance de mes arrières-grands-parents (mes quatre branches fétiches) sur 10 générations ! Un projet de plus à noter.

Enfin, le rendez-vous annuel du ChallengeAZ qui est à lui seul un sacré projet. J’ai pour le moment quelques idées mais rien de commencé !

En bref, un bilan plutôt satisfaisant et une année 2021 qui sera généalogiquement chargée !

#ChallengeAZ : Z comme Zot

Ca y est, nous arrivons au terme de notre challenge et au terme de notre aventure. Durant un mois, nous avons voyagé dans le temps (du XVIIe siècle au début du XXe siècle) et dans l’espace (de l’île de la Réunion, à Madagascar, en passant par la métropole). Nous avons vu les branches qui composaient l’arbre de Belle-Maman, des primo-arrivants, à la recherche d’une vie meilleure, aux esclaves, arrachées de leurs terres. C’était pour moi un sacré challenge de vous parler de tous ces gens et de faire mes recherches depuis Paris avec mon ordinateur – et avec quelques visites aux Archives Nationales. C’était aussi frustrant parfois de ne pas pouvoir approfondir davantage certaines branches, les archives départementales de Saint-Denis étant inaccessibles pour moi du fait de la distance. J’ai pu vous parler à plusieurs reprises de la lignée patronymique de Belle-Maman (c’est souvent à cette lignée que l’on s’intéresse en premier, car elle contient l’histoire de notre nom de famille, celui qui fait parti de nous et nous suit toute notre vie). Bref, défi relevé, j’ai pu tenir sur la durée et vous raconter la vie, le parcours et des anecdotes de ces personnes.

Bertall, 1882 (source: IHOI)

Cependant, il y a des individus de l’arbre généalogique dont je n’ai pas pu évoquer le parcours. Ce sont eux, ces hommes et ces femmes, dont le prénom a seulement été déclaré par leurs enfants à l’officier d’Etat Civil, au moment de l’abolition de l’esclavage en 1848. Sur eux je ne sais rien: ce sont les grands oubliés de l’histoire de l’esclavage, points de rupture dans la chaine des origines des affranchis, déracinés, arrachés à leur famille, leur culture et leur terre. D’où venaient-ils? Qui étaient-ils?

Afrique Orientale. Naturel de la Côte du Mosambique, N. M. Petit, XIXe (source: IHOI)

Peut-être que les prénoms déclarés dans les registres n’étaient pas les leurs, peut-être même que ces prénoms là ne les désignaient pas: nous avons eu l’exemple avec Célerine, dont la reconnaissance par Grégoire DIDIER laisse le doute planer quant au véritable père biologique de celle-ci. De plus, certains esclaves naissaient de relations entre le mère esclave et le maître. Quoiqu’il en soit, ces hommes et ces femmes ont vécu. Peut-être que certains ont connu un temps la liberté avant d’être capturés et vendus, tandis que d’autres sont nés et morts esclaves.

Aujourd’hui et pour ce dernier article, je souhaiterais leur hommage, en citant leur prénoms – cette unique trace qu’ils ont laissé dans les registres.

Prémont, Paul, Sylvie, Zabeth, Eléonore Victoire, Clément, Perrine, Montrose, Tarcille, Elie, Marthe, Didier, Frasie, Denis, Célerine, Célestine…

Merci à tous d’avoir suivi ce challenge, et merci à la famille de Belle-Maman pour tous ses retours très encourageants ! J’espère pouvoir poursuivre mes recherches et trouver davantage d’informations – que je partagerai avec vous ici !

#ChallengeAZ : Y comme Yab

Yab. Un terme créole qui désigne les créoles blancs de l’île (aussi appelé ti blan, en opposition aux gro blan), et plus précisement les descendants des colons arrivés sur l’île au XVIIe et XVIIIe siècle, qui se sont retrouvés ruinés après l’abolition de l’esclavage. Petits blanc des hauts est une appellation également utilisée pour designer les yab qui sont partis cultiver les terres des Hauts de l’île.

La lettre du jour et le mot trouvé est l’occasion pour moi de revenir sur les primo-arrivants et leur origines métropolitaine avec une simple illustration.

En rouge, les primo-arrivants venus du Royaume de France. En orange, leur ascendance. (cliquez pour agrandir)

Petit tour d’horizon donc des origines locales des ancêtres de Belle-Maman, illustrées par cette carte de France métropolitaine avec nos régions actuelles (qui n’étaient pas, je le précise, celles du XVIIe siècle !)

Cliquez pour agrandir

#ChallengeAZ : X comme XY

Nous arrivons bientôt au terme de notre challenge et de notre voyage à la Réunion. C’est l’occasion pour moi de revenir une dernière fois sur la lignée patronymique de Belle-Maman, celle qui a concentré dans un premier temps mes recherches: la famille CARDIA.

Cette article portera exclusivement sur 3 générations (de Pierre Léo CARDIA à Pierre Noël CARDIA) et excluera, par soucis de confidentialité, la génération du père de Belle-Maman et sa génération à elle.

Arbre de Pierre Noel CARDIA sur 3 générations (cliquer pour agrandir)

Génération 1 – Pierre Noël CARDIA: le premier CARDIA

Pierre Noël est comme je l’appelle souvent « le premier CARDIA ». Né esclave sur l’île vers 1815, il est affranchi en 1848 au moment de l’abolition et le nom de CARDIA lui est donné (pour l’origine du nom c’est par ici !). Sa mère n’est pas inconnue: il s’agit de Gertrude, née vers 1778 en Afrique. J’ignore à quel moment elle est arrivée sur l’île, mais si Pierre Noël est bien né à Bourbon entre 1815 et 1817, alors elle était déjà présente depuis au moins l’âge de 37 ans environ. Gertrude porte une nom différent de son fils, CASIMIR, car elle ne vivait plus sur le même habitation que lui au moment de l’abolition. En effet, elle avait été vendue un an auparavant à un autre maître.

Pierre Noël va avoir au moins un enfant avant l’abolition avec une certaine Victorine, nommée FARNASSE en 1848, elle aussi esclave sur son habitation. Il s’agit de Ferdinand, déjà évoqué au court de ce Challenge car parti vivre à Saint-Denis puis à Madagascar. Victorine va avoir d’autres liaisons avec d’autres esclaves de l’habitation, dont va naître deux enfants: Sylvio en 1845 et décédé en 1848, et Augustave, né en 1848. Je n’ai jamais retrouvé la trace de dernier après l’abolition.

Woman carring a child, Trinidad, R. Bridgens, 1830

Le couple CARDIA/FARNASSE se marie le 10 avril 1850 à Saint-Benoit. Ils légitiment au cours de ce mariage Ferdinand, âgé de 10 ans. Pierre Noël va continuer à travailler sur l’habitation de son ancien maître, Bernard LIOTAUD, probablement par le biais d’un contrat d’engagement. Il va continuer à exercer le métier de charpentier mais aussi de charron: il était celui qui construisait et réparait les véhicules de l’époques (charrettes, carrioles…). Victorine est quant à elle domestique ou couturière selon les actes. Il est fort probable que Pierre Noël n’ait plus eu du liens avec sa mère Gertrude après l’abolition. En effet, il déclare lors de son mariage être né de parents inconnus. De plus, Gertrude décède en 1852, loin de son fils, après seulement 4 ans de liberté, indigente et infirme.

Pierre Noël et Victorine vont avoir au total 7 enfants, avec un écart d’âge de 30 ans entre l’aîné, Ferdinand, et le cadet, Pierre, arrière-grand-père de Belle-Maman ! Malheureusement, la mortalité infantile va fortement frapper la famille CARDIA, puisque 4 des 7 enfants du couple vont mourir en bas âge. Seuls trois enfants – trois garçons-, vont assurer la descendance familiale: Ferdinand, Jean Prémont et Pierre.

Pierre Noël décède le 28 mai 1875 à Saint-François, à l’âge d’environ 58 ans. Ses deux Ferdinand et Jean Prémont sont déjà grands. L’aîné, Ferdinand, a quitté le foyer depuis une quinzaine d’années déjà mais il ne vit pas loin. Il exerce la profession de garde de marronage (je n’ai à ce jour pas trouvé en quoi consistait ce métier à La Réunion en 1875), et a déjà donné à son père de nombreux petits enfants dont 3 sont encore en vie – les épidémies et la mortalité infantile n’ont pas épargné Ferdinand et sa femme. Jean Prémont quant à lui aide déjà depuis plusieurs années son père dans le travail de bois. En revanche, Pierre laisse derrière lui un petit de 5 ans, son dernier fils, Pierre. Est ce pour cette raison que Victorine va se remarier 4 ans plus tard? Hasard ou non, elle épouse Casimir GAGNARD, un cultivateur, voisin de Gertrude CASIMIR en 1852 qui avait déclaré son décès. Victorine décède le 15 juin 1895, à Saint-Anne.

Acte de décès de Pierre Noël CARDIA du 29 mai 1875 à Saint-Benoit (source: ANOM)

Génération 2 – Pierre CARDIA

Nous venons de le voir, Pierre a seulement 5 ans lorsqu’il perd son père. Il a en a 25 lorsqu’il déclare le décès de sa mère Victorine, accompagné de Gilbert GUSTAMAN, frère de sa belle soeur Marie Antoinette. Mais revenons quelques années auparavant: Pierre se marie dès ses 18 ans, le 18 janvier 1888. Il épouse Marie Rose ARSIDOU, 21 ans, fille d’engagés africains. Le couple va vivre à Sainte-Anne où Pierre cultive des terres. Le mariage est vite consommé puisque Pierre Léo, premier enfant du couple, nait le 22 décembre 1888: il s’agit du grand-père de Belle-Maman. Quatre autres enfants vont suivre: Jean Victor en 1891, Joseph en 1893, Victoria en 1895 décédée en bas âge et Marie Joséphine en 1898.

Quartier Sainte-Anne, Roussin, 1860 (source: IHOI)

Pierre décède relativement jeune. En effet, sa mort survient le 24 mars 1915 alors qu’il a seulement 45 ans. La guerre a éclaté depuis un an déjà mais aucun de ses deux fils n’est encore sous les drapeaux au moment de son décès. La date du décès de sa femme Marie Rose ARSIDOU est quant à elle inconnue.

Génération 3 – Pierre Léo CARDIA

Pierre Léo, l’aîné du couple CARDIA/ARSIDOU, va se marier 4 mois après le décès de son père, le 10 juillet 1915. Il a alors 26 ans, et comme son père il travaille la terre. Il épouse Marie Adrienne JEANNIN. Les mères des futurs époux sont présentes au mariage. En effet, Pierre Léo et Marie Adrienne ont le point commun d’avoir tous les deux perdus leur père. Pierre Léo vit alors au Cap avec sa mère tandis que Marie Adrienne vit Chemin Morange à Sainte-Anne. Le couple va avoir au moins 6 enfants et de nombreux petits enfants – et arrières-petits enfants ! Tous représentent aujourd’hui la descendance de la famille CARDIA.

Famille Créole, Angelin, début du XXe siècle (source: IHOI)

#ChallengeAZ : W comme Waye Koun

Aujourd’hui, je vais prendre une peu de distance avec les ancêtres de Belle-Maman et, à partir d’une source bien spécifique, vous parler d’un inconnu.

Au début de l’année 2020, les Archives Départementales Sudel Fuma de Saint-Denis mettent en ligne de nouvelles sources liées à l‘immigration et à l’engagisme. Parmi elles, le registre de la taxe de séjour payés par les engagés, couvrant la période de 1900 à 1905 et concernant toute l’île. Au dela d’avoir dans ce registre des informations et une idée de la situation d’un engagé, certaines cases sont accompagnées de photos d’identité.

Photographies trouvées au fil des pages des registres de taxe de séjour

Les ancêtres de Belle-Maman ne sont pas concernés par ces registres (qui comportent des milliers et des milliers de pages), sauf peut-être un, le grand-père de Belle-Maman originaire de Chine et à ce jour non identifié.

C’est la photographie de ces individus qui m’a donné envie d’écrire aujourd’hui un article. Le regard de ces hommes et de ces femmes a quelque chose de tout à fait saisissant et d’indescriptible. Pour ma part, ils me touchent tous chacun à leur façon, et c’est pour moi très émouvant de parcourir les pages registres. Aujourd’hui je souhaiterai simplement faire sortir de l’oubli l’un d’entre eux, choisi au hasard: WAYE KOUN.

Case concernant Waye Koun, registre 3, p. 20 (source: AD974)

Waye Koun est un chinois arrivé à La Réunion le 29 mars 1903. Sa photo laisse penser qu’il est relativement jeune (une vingtaine d’année peut-être?). Il est simple employé dans une société situé Rue Saint-Anne à Saint-Denis.

Son permis de travail va être renouvelé à plusieurs reprises entre 1903 et 1905. Cependant, il est condamné le 29 juillet 1905 à 5 frs d’amende pour défaut de titre de séjour.

Je n’ai pas connaissance du reste de la vie de Waye Koun et les registres n’ont pas destination à en faire état. Peut-être est-il resté sur l’île et s’est marié? Peut-être a t-il eu des enfants? Je l’ignore, mais je suis heureuse aujourd’hui de le faire sortir de l’oubli et de ce registre.

Source:
- Engagisme et immigration sur les AD974